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Sur le tournage de Décompte de Arthur Lafère

Publié le 12/12/2019 par David Hainaut / Catégorie: Entrevue

Le Prince Arthur 

En Belgique, un tournage succède souvent à un autre, et ce n'est certainement pas l'évolution des moyens matériels qui risque d'inverser cette tendance. En témoigne l'exemple de Décompte, un court-métrage d'un réalisateur d'à peine… 17 ans - Arthur Lafère -, qui s'est tourné à Bruxelles, en ce mois de novembre.

Et c'est au panache que cet adolescent - jouissant déjà de quelques petites expériences - y est allé (Qui ne tente rien n'a rien!, avouera-t-il), en nous conviant sur le plateau de son premier film, qui traite de problématiques actuelles, comme le climat, l'environnement et la motivation chez les jeunes. Une petite curiosité donc, qui a suscité notre attention...

Si, en ce qui concerne les tournages, nous nous laissons en général porter par une actualité généralement dense, en ciblant un plateau qui nous semble intéressant, voire en acceptant l'une ou l'autre invitation, il se peut parfois qu'une sollicitation surgisse de derrière les fagots. C'était, concédons-le, un peu le cas de Décompte, un premier court-métrage courageusement autoproduit par un adolescent de 16 ans (17, juste après le tournage) répondant au nom d'Arthur Lafère. Un jeune garçon fougueux mais lucide qui, ayant récemment consulté nos récents reportages – dont celui de Totem, long-métrage dans lequel il tenait un rôle de comédien –, y est allé au culot en conviant la presse. "Un article, ce n'est jamais inutile pour sa promotion !", commente-t-il. Pourquoi pas ? Après tout, outre d'aller voir de plus près un film traitant de thématiques en vogue, cela permettait à Cinergie de battre un record historique : celui du plus jeune réalisateur sur lequel nous nous attardions...

Sur le tournage de Décompte de Arthur Lafère

Rhétoricien et déjà réalisateur

Ainsi, c'est par un lundi matin froid et pluvieux d'un jour férié – le 11 novembre - que le petit parc de la Bergoje d'Auderghem servait de décor à l'équipe de ce film, à l'occasion d'une troisième et dernière journée de tournage. En plus de cette jeune bande, dont la moyenne d'âge oscillait entre 16 et 17 ans, quelques figurants (dont certains expérimentés) étaient de la partie, pour une scène de "clean walk". "Dont je rappelle que la définition est un grand ramassage de déchets incluant des citoyens, présents pour nettoyer un parc ou une rue", explique Arthur Lafère. "C'est en fait en me rendant aux manifestations pour le climat que j'ai eu l'idée d'en glisser une dans ce court-métrage. Mais comme une manif est quelque chose d'un peu banal, j'ai détourné un peu la chose : des marches de ramassage de déchets, on n'en voit jamais dans les courts-métrages !", détaille encore ce rhétoricien inscrit en pédagogie active, un enseignement propice pour jouir de quelques libertés utiles en pleine année scolaire, comme celle de tourner un film donc. Avec en prime le soutien de ses parents, présents pour l'occasion comme… régisseurs.

 

Sur le tournage de Décompte de Arthur LafèreLe climat, l'environnement et les jeunes

"Ce court-métrage, j'ai commencé à l'écrire il y a 8 mois, en sortant de mon premier tournage comme comédien. Car après cette expérience, je voulais absolument continuer quelque chose. Réaliser pourrait me permettre de voir si ça peut m'intéresser pour plus tard", explique-t-il encore, lui qui n'exclut pas d'entrer l'an prochain dans une école de réalisation. Quant à l'histoire, il la dévoile lui-même : "C'est en fait celle de Lucie, 15 ans, une fille active pour tout ce qui concerne le climat et l'environnement, raison pour laquelle elle participe à ce clean walk avec des amis. Son petit copain vit en Italie et elle a envie d'aller le voir, mais ses parents s'y opposent. Et en parallèle à tout cela, il y a une histoire de conte fantastique. Mais là, je ne peux pas en dire plus !" 

 

Sur le tournage de Décompte de Arthur LafèreAlyssia Desmeth, la jeune actrice principale

Personnage central du film donc, Lucie est incarnée par la jeune Alyssia Desmeth. Qui, bien que fatiguée et frigorifiée par les scènes qu'elle vient de tourner, se présente. "Je suis Bruxelloise, et j'ai déjà participé à des courts-métrages et des publicités, mais les films en question ne sont pas encore sortis. Comme Arthur et moi nous connaissions via un autre court-métrage, il m'a fait passé un casting et au final j'ai été prise donc, j'étais évidemment contente. C'est un beau personnage, qui ne lâche rien, qui traite de thématiques intéressantes. Le climat et l'environnement, c'est quand même quelque chose de très actuel. Donc, je me sens touchée et concernée", confesse, avec une légère timidité compréhensible, cette étudiante de 4e secondaire ayant débarquée presque par hasard dans la comédie, suite à une blessure de gymnastique rythmique, qu'elle pratiquait à un bon niveau. "C'est à ce moment-là, soit il y a deux ou trois ans, que j'ai commencé à passer des castings, dont un pour participer à des scènes de playbacks lors de concerts de la chanteuse Alice on the Roof. Là aussi, j'ai été engagée sans vraiment y croire. Mais j'aimerais vraiment continuer le jeu", confesse encore celle qui a ici pour partenaires des comédiens ayant pour noms Amandine Herry, Rose Bote, Bérénice Loveniers, Ingrid Lecarte ou encore, Michael Dufour.

34 versions de scénario !

Ce que Lafère retire de ce premier tournage ? "Le plus compliqué, c'est qu'on a tourné ce film pratiquement en hiver, alors que j'ai fait des plannings pour l'été. Il y a donc eu quelques petits modifications pour les couchers de soleil (sourire), mais ça c'est bien passé au final. Il y a de toute façon toujours des imprévus et des problèmes techniques sur un tournage, mais les comédiens se débrouillent bien. Je n'ai pas eu besoin de dix prises pour chaque plan, on a bien avancé. Puis, j'avais toutes mes idées avant en tête, y compris pour le découpage du film. Bon, le scénario a souvent changé, ce j'ai essayé de communiquer à l'équipe, pour bien lui expliquer ce que je voulais, mais j'avoue que parfois, tout le monde n'arrivait pas à me suivre" (rire). On apprendra plus tard qu'il y a eu… 34 versions du scénario, comprenant entre autres une scène avec des personnes mortes en forêt. Ce qui, la veille de notre passage, aura paraît-il nécessité quelques (mémorables) heures de patience pour une poignée de figurants. Tous bénévoles, comme chaque personne impliquée dans ce projet.

 

Sur le tournage de Décompte de Arthur LafèreLafère à suivre ?

Quant à la suite ? "Continuer l'école, faire de la vidéo et pourquoi pas, réécrire un autre court-métrage. Et puis, je verrai l'an prochain si j'opte pour le jeu ou la réalisation. Je voudrais continuer les deux mais le souci est qu'il y a beaucoup de théâtre dans les études de comédie, ce qui est moins mon truc. Mais bon, on va essayer d'envoyer Décompte dans les festivals et le sortir ailleurs d'ici le mois de juin, comme sur la chaîne Youtube "Et Clap". C'est jusqu'ici mon plus gros projet, et ce ne sera pas le dernier !", conclut notre jeune intervenant du jour, qu'on verra prochainement – comme comédien, cette fois – dans La Cloche Sonne, un court-métrage d'Ely Chevillot (une réalisatrice qui lui a servi de conseillère sur ce projet), et dans Totem donc, de Fred De Loof.

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