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Sur le tournage de "Hey Joe", premier court-métrage de Matthieu Reynaert

Publié le 07/02/2018 par David Hainaut / Catégorie:

L'autre Reynaert

Pas forcément évident, dans le microcosme du cinéma belge francophone, d'être le fils d'une de ses figures les plus connues. Diplômé en cinéma (IAD), en analyse & écriture cinématographique (ULB) et déjà auteur d'un beau parcours, Matthieu Reynaert, fils de Philippe, aura dû patienter près de 34 ans pour accomplir son rêve le plus secret : celui de réaliser. C'est chose faite avec Hey Joe, son premier court-métrage. Visite sur le tournage de celui qui, pour rappel, a collaboré avec Cinergie, entre 2003 et 2008.

À la lecture, l'automne dernier, des noms des quarante-quatre réalisateurs bénéficiaires d'aides de la Commission du Film figurait, dans le rayon des courts-métrages de fiction, celui de Matthieu Reynaert. Un long aboutissement, après plusieurs vaines tentatives – c'est le jeu ! – pour celui qu'on connaît comme journaliste de cinéma (Cinergie donc, mais aussi Le Vif/L'Express, où il collabore encore), auteur (À perdre la raison de Joachim Lafosse) et surtout comme consultant de scénario (script-doctoring, pour les intimes). Dans ce dernier rôle, cet inconditionnel de Georges Lucas a œuvré sur plusieurs dizaines de films, jusqu'au Luxembourg et en Tunisie. Mais surtout chez nous : d'Illégal (Olivier Masset-Depasse) à Jacques a vu (Xavier Diskeuve), en passant par Les Géants (Bouli Lanners). Dans un domaine où, paraît-il, il a l'art de pouvoir débloquer des situations complexes...

Une rencontre déterminante avec Joachim Lafosse

Ce début de parcours, axé dans l'écrit, s'explique. D'abord, par une première expérience estudiantine plutôt tiède dans la réalisation, mais ensuite et surtout, via les conseils de ses professeurs de cinéma, provocateurs de sa rencontre déterminante avec Joachim Lafosse, peu de temps après la fin de son cursus. Leur collaboration sur le scénario d'À perdre la raison l'amènera, en 2012, sur les marches du Festival de Cannes. "Mais je le concède, la réalisation est un objectif depuis toujours. Quand je l'ai expérimentée une première fois lors de mes études, je ne me sentais pas encore prêt à être capitaine d'équipe. Ni même à être assistant, directeur de production ou régisseur : j'ai alors choisi la voie du scénario, qui me correspondait assez bien, car j'aime raconter des histoires", explique-t-il entre entre deux prises de vue d'Hey Joe, au sein d'une animalerie de Gilly, dans la région de Charleroi.

Tournage dans le bassin ennuyer

L'histoire, justement, de son court-métrage, la voici : Alex (Laura Sepul, vue dans Ennemi Public) revient dans sa ville ouvrière et dans l'appartement où elle a grandi, après trois années passées en prison pour avoir assassiné un compagnon abusif. Orgueilleuse et têtue, elle entend reprendre sa vie d'avant, comme si rien ne s'était passé. Mais très vite, elle constate qu'elle n'est pas la bienvenue. Seules les retrouvailles inattendues avec Joséphine (Fanny Alié), alias Joe, la petite sœur de sa victime, pourraient donner à Alex la force de laisser le passé derrière elle. "C'est une histoire née par des détours assez complexes", détaille le réalisateur. "Mais d'abord, par la vision de nombreux films. Quand j'en regarde et qu'il y a quelque chose qui ne me plaît pas, j'ai la réflexe de me dire : « Oui mais et toi, qu'est-ce que tu aurais fait de mieux ? » Tout ça est parti exactement d'un court-métrage que je préfère ne pas nommer - la critique est trop facile ! -, qui m'a emmené vers cet univers d'Hey Joe, au cœur des bassins industriels déshérités et un peu oubliés du monde. Après, j'y ai bien sûr ajouté ce qu'il y a en moi, car ce que je veux raconter est aussi une histoire de quête d'identité et d'affirmation de soi", précise celui qui a eu Luc Dardenne comme directeur de mémoire. "Et plutôt que d'opter pour la région liégeoise déjà balisée par d'autres réalisateurs que je ne citerai pas non plus (sourire), j'ai trouvé qu'il était intéressant d'exploiter ce paysage hennuyer si singulier, tant carolo que montois. Ma mère est d'ailleurs issue du Borinage. Dans des lieux qui, finalement, restent assez peu exploités au cinéma. Nous avons même prévu de tourner sur un terril !"

L'élégance...

Pour son rôle-titre, Reynaert a fait appel à Laura Sépul, une comédienne qu'il connaît depuis longtemps. "En plus d'Ennemi Public, elle joue dans Quartier des Banques, une série belgo-suisse. Cela fait plus de dix ans que je la suis, notamment via le théâtre. Je dis depuis toujours à tout le monde qu'il faut la faire tourner, car en plus de ses talents de comédienne, elle a une cinégénie et une photogénie extraordinaires. Elle capte la lumière et a quelque chose de magique qui ne s'explique pas. Le temps que je parvienne à monter un projet pour elle, sa carrière a finalement décollé ! (rire). En plus d'Hey Joe, j'ai un projet de petit film expérimental avec elle, que je terminerai en même temps que celui-ci. Elle m'a suivi sur tout, et je lui en suis très reconnaissant." Un peu moins notre équipe présente une journée entière sur le plateau : après avoir marqué son accord pour un entretien et nous avoir vu patienter plus de… cinq heures, l'actrice, que nous souhaitions découvrir, a filé à l'anglaise dès son dernier plan mis en boîte, sans nous adresser le moindre mot. Ce qui nous vaudra, dans la foulée, d'aimables excuses du réalisateur, fort embêté par cette situation il est vrai peu commune...

Résultat début 2018

Soit. Autour de la la comédienne et la sœur campée par la débutante Fanny Alié, on retrouvera par ailleurs Achille Ridolfi (Dead Man Talking), Olivier Bonjour (Le Zombie au vélo) et Isabelle De Hertogh (Hasta La Vista). Quant aux ambitions futures de Matthieu, il les expose ainsi : "D'abord aller au bout de ce premier film pour vraiment me faire une idée, mais j'aimerais rester du côté de la réalisation, sans pour autant rejeter l'écriture. Mais alors avec quelqu'un ou pour quelqu'un, et plus uniquement de façon alimentaire. J'ai envie d'aller vers des projets que j'ai choisi où qui m'auront motivé par une rencontre tant artistique qu'humaine." Produit par Stéphane Lhoest (Dragons Films Production), Hey Joe, pour l'heure en post-production, devrait être prêt pour les premiers mois de de cette année 2018. Affaire à suivre...

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