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Sur le tournage de Rookie

Publié le 07/08/2019 par Constance Pasquier et David Hainaut / Catégorie: Tournage

Dans les paddocks d'un film belge ambitieux

Quand on imagine un film centré sur un champion de motocyclisme, l'occasion de poser ses caméras sur l'un des rares circuits de notre plat pays – celui de Chimay, en l'occurrence – ne se présente pas tous les jours. Encore moins lorsqu'une compétition s'y déroule...

Une aubaine dont a pleinement profité l'équipe de Rookie pendant près d'une semaine, lors des derniers jours caniculaires de juillet. Il s'agit du premier long-métrage de Lieven Van Baelen, un réalisateur flamand expérimenté (dont un clip pour Stromae à 60 millions de vues), qui met en scène deux têtes d'affiche flamandes, Matteo Simoni (Marina) et Veerle Baetens (The Broken Circle Breakdown).

Par ces temps "chauds" qui courent - au propre, comme au figuré... -, la Belgique propose régulièrement, à travers son cinéma, des films en coproduction entre le nord et le sud du pays. C'est le cas de Rookie, un long-métrage majoritairement flamand, mais tourné en grande partie en Wallonie, de Gedinne à Mettet, en passant par Chimay, la ville également célèbre pour sa bière, où nous nous sommes rendus. Plus précisément sur un tracé automobile qui, entre 1926 et 2005, a accueilli le Circuit des Frontières, une course majeure qui en précédera bien d'autres, comme l'Open Trophy, organisé fin juillet, qui servait ainsi de décor à la trame de cette histoire. En témoigne le réalisateur, Lieven Van Baelen, masqué derrière ses lunettes de soleil: "Comme c'est un projet qui baigne dans l'univers des courses de motos indépendantes et que Chimay a une longue tradition dans ce domaine, notre idée était d'intégrer les acteurs à de vraies épreuves, avant, pendant et après celles-ci. On a ainsi pu bénéficier des infrastructures, de l'ambiance et des paddocks (NDLR: pour rappel nom de ces enceintes de travail – en général sous tente - réservées aux écuries). "Mais en vue des plans dialogués et pour les scènes plus intimes, on a construit notre propre paddock", ajoute ce cinéaste issu d'une école bruxelloise (RITS).

Matteo Simon et Veerle Baetens, duo de choc

Rookie évoque en fait le destin de Nicky (Matteo Simoni), un jeune motard qui met sa vie en danger dans chacune de ses courses, davantage pour la gloire et son plaisir que pour l'argent. Jusqu'au jour où un accident va faire basculer son petit monde. C'est alors qu'il trouve du soutien auprès de sa belle-sœur Véro (Veerle Baetens) et de son fils Charlie (Valentijn Braeckman, un débutant de 15 ans sélectionné parmi des centaines de candidats), sur qui il va vouloir projeter son rêve, de manière presque obsessionnelle. À nos confrères de la VRT, Simoni, arborant quelques tatouages pour les besoins du projet, a déclaré avoir été d'emblée séduit par le scénario et le rôle, qui lui permet de vivre une course de l'intérieur. "C'est un environnement aussi particulier que génial, où on retrouve des passionnés qui roulent pourtant à 250 km/h! Dans une sorte de ferveur qui rappelle l'esprit qu'on retrouve dans certains festivals de cinéma."
Bien qu'une doublure soit prévue pour certaines scènes musclées et les cascades, l'acteur principal de bientôt trente-deux ans, sportif émérite (surf) et fidèle à sa réputation perfectionniste, a tenu à apprendre à rouler sur une moto de course. "Matteo est vraiment un acteur formidable", commente Van Baelen. "Parce qu'il travaille énormément et qu'il aime se plonger dans ses rôles. Le casting n'a fait que prouver qu'il était celui qu'on cherchait. Avec Veerle Baetens, j'avais d'ailleurs besoin de deux comédiens incroyables, et j'ai la chance de les avoir!". Cette dernière, identifiée chez nous depuis 2012 grâce à son rôle dans The Broken Circle Breakdown de Felix Van Groeningen (nommé aux Oscars et César du meilleur film étranger), a depuis poursuivi son chemin. Comme comédienne d'une part, en Flandres (D'Ardennen...) et en Francophonie, puisque cette année, on a vu cette Anversoise dans le thriller Duelles (Olivier Masset-Depasse) et on la retrouvera en octobre aux côtés de Guillaume Canet, dans Au nom de la Terre. Et puis comme réalisatrice d'autre part, car après avoir co-écrit une série flamande à succès (Tabula Rasa), elle projette d'adapter un best-seller (Het Smelt, de Lize Spitz) sur grand écran.

Lieven Van Baelen, un réalisateur atypique

Pour en revenir à Van Baelen, ce féru d'automobile rêvant plus jeune d'être chauffeur de camion ou pompier, aura tout de même patienté quarante-six ans pour s'autoproclamer réalisateur de long-métrage. Une boucle qui se boucle, pile vingt ans après The Thread, un premier court-métrage qui lui a valu une première reconnaissance en festivals (Locarno, Leuven...). Par la suite, cet aventurier a été happé par le petit monde de la publicité, en signant pour de grandes marques internationales ainsi que ceux des films d'entreprises et des clips ("Ta Fête" de Stromae...). "En fait, depuis tout ce temps, je n'ai jamais pris le temps de m'asseoir et de m'arrêter pour penser à ce long-métrage. Mais là, comme j'en avais un peu marre de déambuler aux quatre coins du monde, j'ai décidé de lever le pied et de foncer. Même si depuis mon idée de base, et après le financement du film, quatre ans auront été nécessaires pour en être là..."

Un vrai parcours du combattant certes, mais qui lui a permis de prouver un savoir-faire utile pour convaincre tout le monde (équipe technique, acteurs, financiers...). "C'est vrai que toutes ces expériences ont été précieuses", admet cet ancien collaborateur de Michaël R.Roskam. "Les films publicitaires, même s'ils sont fabriqués pour consommer, je les vois d'abord comme de précieux exercices. Vous avez d'importants moyens qui permettent de faire des plans exceptionnels et d'expérimenter de nouvelles techniques (optiques...), jusqu'en post-production. Mais un long-métrage, aujourd'hui encore, garde toute sa valeur et sa dimension: que ce soit pour son aspect humain, ses histoires, ses émotions, etc... On y trouve quand même plus de satisfaction personnelle, tout en racontant quelque chose!"

Le motocyclisme, un sport à part
Entre rêves brisés et deuxièmes chances (de vie), Rookie reviendra également sur l'égoïsme caractéristique des pilotes de moto. "Oui, car pour réussir en compétition, chaque coureur a besoin de ne penser qu'à lui", indique Van Baelen. "C'est tout de même un sport où vous risquez votre vie pendant que votre famille stresse à la maison. Pour moi, il y a vraiment ce côté égoïste. Un peu comme un escaladeur en haute montagne!", compare-t-il. Un parallèle que l'on pourrait dresser avec le septième art? "Ah mais tout à fait, il faut aussi être égoïste (sourire), c'est un métier qui vous emmène loin de votre famille et pendant longtemps. Mais voilà, c'est parfois le prix pour vivre sa passion..." Quant à ceux qui, éventuellement, lui demanderont à la sortie s'il est bien judicieux de mettre en valeur la moto au cinéma pendant que le monde tente une remise en question écologique, sa réponse est déjà prête: "C'est vrai que la moto, c'est pas très écolo, pas toujours bien pour les animaux et la nature. Mais ce qu'on fait ici n'est absolument rien par rapport au fait de pousser tout le monde à changer tous les trois ans une voiture qui peut rouler quinze ou vingt ans! Et qu'on va donc devoir refabriquer des autos en masse et ...polluer encore plus! Est-ce que ça, c'est réellement écologique?", glisse-t-il, dans un très bon français.

Rendez-vous l'an prochain

Attendu pour 2020, Rookie, également interprété par Stefaan Degand (Rundskop, Vermist...), Tibo Vandenborre (Rundskop, Niet Schieten, Undercover...), Bjarne Devolder (Bastaard), est une production des Bruxellois de CZAR Film (Un Ange et Coureur au cinéma, Les Misérables en série), en partenariat avec les Liégeois de Versus. Ce film est également soutenu par le VAF (Fonds du ministère flamand de la culture), le Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Tax-Shelter. Il sera distribué au Benelux par Dutch FilmWorks (DFW) et Kinépolis Film Distribution (KFD).

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