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7h40 ce matin-là

Dixième long métrage de Nicole Garcia, 7h40 ce matin-là trace le parcours d'une mère à la recherche de son fils. Le film s'impose comme un western intime où la tension de ce face-à-face naît des regards et des silences. Les deux personnages s'observent, se découvrent très progressivement, se (re)connaissent.

À 7h40, dans une petite ville de l'Isère, débarque du car Alice (Marion Cotillard). Elle se fait engager directement comme serveuse dans une cafétéria. Elle dit arriver du Québec où elle a passé quinze ans, qu'elle a été mariée là-bas, qu'elle désire reprendre un nouveau départ dans une petite ville, recommencer sa vie.

Elle ne semble avoir aucune attache, elle ne connaît personne et personne ne la connaît. Son visage est grave, fermé, trahit une histoire lourde, une culpabilité qui affleure à chaque geste.

Très vite, Alice se rapproche de Milo (Théodore Pellerin), jeune mécano de vingt-cinq ans. Elle provoque un petit accident à sa mobylette, le sollicite, le suit, l'observe, lui offre un cadeau.

On comprend rapidement que ce jeune homme est son fils biologique. Que s'est-il passé entre eux ? Milo sait qu'il a été adopté lorsqu'il était petit. Il ne sait rien de sa vraie mère. Il considère la nouvelle venue comme une amie, une présence un peu étrange, mais qui lui veut du bien. Le suspense du film repose sur une lente progression vers la vérité, quand et comment Alice osera dire qui elle est et comment Milo pourra encaisser le choc.

Le gérant du café où elle travaille (Artus) tente de comprendre Alice, de l'aider dans sa nouvelle vie. La mère adoptive de Milo (Laure Calamy) veut dissuader Alice de parler à Milo, elle désire protéger son fils de cette vérité qu'elle juge destructrice.

Présent et passé s'entremêlent où l'engagement politique révolutionnaire d'Alice se dévoile. On apprend qu'elle a commis un acte criminel pour lequel elle a été incarcérée. Un enfant a été abandonné, Milo.

On suit le jeune homme dans ses rêves de posséder un garage, embarqué dans toutes sortes de trafics louches, son envie de faire partie d'une famille bourgeoise, quitte à prendre des risques qui peuvent le mener en prison.

À cela s'oppose le passé de guérilla urbaine de sa mère.

Alice a été entraînée à vingt ans dans des idéaux de justice sociale où l'engagement politique exige tout et justifie la violence. Elle en a payé le prix et perdu son fils.

Le film dessine ainsi deux trajectoires parallèles, deux vies cabossées qui tentent de se rejoindre.

Long métrage sur la maternité, une maternité fracturée, empêchée, marquée par la culpabilité et la violence politique.

La réalisatrice dit avoir été intriguée par les jeunes terroristes d'extrême gauche dans les années 70. À l'époque de mai 68, Nicole Garcia est dans la vingtaine, des groupes comme la bande à Baader et les Brigades rouges émergent. Ils combattent le capitalisme, l'impérialisme américain et l'État jugé policier. Attentats à la bombe, braquages de banques, assassinats et prises d'otages se succèdent.

Nicole Garcia s'est inspirée des évènements et offre ici à Marion Cotillard un rôle en or, celui d'une femme tourmentée, mystérieuse et opaque.

Théodore Pellerin, qu'on a vu récemment dans Nino, apporte une énergie brute, une clarté qui contraste avec l'opacité de Marion Cotillard.

Avec beaucoup de délicatesse, Nicole Garcia explore la rencontre de ces deux solitudes, la possibilité ou - l'impossibilité - de reprendre le cours de sa vie après avoir tout perdu. La mise en scène, âpre, portée par la photographie d'Yves Cape, accentue la mélancolie qui enveloppe le récit. Les visages sont filmés comme des paysages intérieurs, les silences deviennent des dialogues.