Couverture de l'article À bout de course de Maxime Kouvaras

À bout de course de Maxime Kouvaras

Dans son court documentaire À bout de course, Maxime Kouvaras nous dévoile les profondes injustices et les manques de sécurité qui pèsent sur le quotidien des livreur·euse·s de la plateforme Uber Eats. À travers le collectif La Maison des Livreurs et malgré son quotidien parsemé d’embûches, Abdellah tente coûte que coûte de tenir tête au géant capitaliste en multipliant les manifestations et les prises de position caustiques et humanistes face à la caméra. Le film (suivi d’une discussion) sera projeté en avant-première au cinéma Vendôme ce jeudi 8 octobre.

L’heure est grave. Alors qu’autrefois les livreur·euse·s pouvaient recevoir une prime de pluie en Belgique, iels se plaignent désormais des rudes conditions auxquelles iels sont souvent confronté·e·s en attendant leur livraison devant les restaurants en raison des intempéries et autres conditions climatiques déplorables. Par ailleurs, la plateforme va même jusqu’à utiliser des robots pour déconnecter et licencier les livreur·euse·s à la moindre suspicion de fraude ou le au moindre faux pas. Il va sans dire que la reconnaissance faciale de la plateforme laisse à désirer en matière de biais raciste. Un autre problème administratif entre en jeu : de nombreux·ses travailleur·euse·s sont sans papiers et empruntent des comptes à des étudiants. Abdellah a ainsi dû verser 70 euros à son bon Samaritain.

Dans cette situation précaire, il est difficile pour ces travailleur·euse·s d’obtenir de réels droits salariaux et des contrats de travail. Avec cette pression constante, où iels cavalent la peur au ventre et cumulent jusqu’à 60 heures de travail par semaine, le risque d’accident est particulièrement élevé. Le danger est d’autant plus réel que les sans-papiers n’ont pas droit à un suivi médical. Mais Uber reste sur positions et ne souhaite pas dialoguer avec les livreur·euse·s.

Une lueur d’espoir persiste toutefois grâce à leur union avec les restauranteur·rice·s belges et à une cause commune européenne. Une action de sabotage menée par les travailleur·euse·s et certains restaurants ayant déconnecté Uber a eu lieu les 30 avril et 1er mai 2024 à Bruxelles, Anvers et Alost. Par ailleurs, des livreur·euse·s issu·e·s de tout le continent se sont fait entendre devant le Parlement européen. En mars 2024, celui-ci a d’ailleurs adopté un accord sur une directive visant à améliorer les conditions de travail en matière de présomption de salariat, d’encadrement des algorithmes, de transparence et de protection sociale.

À travers ce film et ces plans haletants dans les rues bruxelloises endiablées, Maxime Kouvaras nous rappelle les inégalités structurelles à la base de notre système économique et met en lumière une solidarité puissante et internationale.