Au lieu de cela, il a plié, un peu, sans se rompre, et il est devenu telle la truffe pour le gourmand, un érable prisé pour les réalisations du luthier. Olivier, accompagné de sa fille, le recherche intensément. Mais quelqu'un va se dresser sur sa route. Un homme dont la sensibilité est interpellée par l'arbre recherché. Il est d'abord surpris et décontenancé au contact de ce dernier, puis petit à petit, infiniment convaincu du caractère vivant et émotionnel de l'érable, il entre en communion avec ce témoin du début du siècle précédent. Il va dès lors tenter de le protéger de l'abattage. Le conte prend alors une dimension à la fois spirituelle et réaliste au vu de ce qu'on sait aujourd'hui de la vie des arbres. Pour preuve, l'un des experts les plus pointus, l'allemand Peter Wollheben, a démontré que les arbres communiquent entre eux et peuvent également s’entraider grâce à une sorte de système nerveux tangible concrétisé au travers d'un immense tissu micellaire. Plus proche de nous, le regretté Julos Beaucarne aimait les entourer de ses bras et leur parler. Ils ont la capacité de réduire le stress et d'améliorer l'humeur. Et comme la musique, elle-même adoucit les mœurs, quoi de plus naturel que d'y trouver également matière à fabriquer des violons. Alors, le dilemme s'installe et oppose le luthier et le défenseur de l'érable. Il faudra pourtant trouver un terrain d'entente.
Après l'ondé
Illustration : Gwendoline Clossais
Nous progressons au cœur d'une forêt jusqu'à un arbre qui va susciter des envies bien particulières. Avec son écorce identifiable entre mille pour un arboriculteur, cet érable sycomore centenaire a un défaut de pousse, c'est un érable ondé, qui présente des zones où les fibres se sont enroulées de telle manière qu'il a pu résister à des forces qui l'auraient fait craquer.