Est-on conditionné·e·s à vivre nos relations dans la démesure, l’excès ou une domination feinte pour trouver un équilibre dans un couple durable ?
Harry craint un fléau imaginaire ou bien réel selon lequel plus personne ne ferait l’amour. Plus tard, pour que la flamme perdure, Tina lui crie dessus pendant son sport, ils écoutent des audios pornos à distance, augmentent le piment de leurs ébats grâce à leur voiture avant de faire un accident et de baiser la gueule en sang. Pour ce qui est du salut de leurs sentiments, ils singent une rupture, ses conséquences et une nouvelle union.
Malgré l’hyperbole apparente derrière ces discussions et ces rapports peu vraisemblables, le réalisateur Victor Ruprich-Robert nous fait rire, froncer les sourcils, mais aussi peut-être verser une larme en maniant beauté, humour, désir et détresse pour dépeindre des relations tout aussi permanentes qu’éphémères. Baise-moi à Saint-Gilles dissèque moins l’amour qu’il n’observe l’épuisement des injonctions qui l’entourent, entre besoin de passion absolue et peur panique de la banalité. Maria Cavalier-Bazan, actrice phare d’Aimer perdre, constitue le bouquet du spectacle par l’absurdité décalée de son jeu. La musique entêtante, mais confuse du couple fait finalement office d’entracte pour cadencer le rythme du film, ses va-et-vient et ses indécisions.