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Banou de Mouhssine El Badaoui

Dans le film Banou, Mouhssine El Badaoui nous dévoile une pratique saisissante issue du Maghreb : la tbourida, tradition équestre et militaire inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Une troupe, la sorba, est constituée d’une dizaine à une vingtaine de cavalier·ère·s, dirigé·e·s par un moqaddem. Il ne s’agit pas seulement d’une épreuve de dextérité, mais également d’un gage traditionnel de pureté.

Au Cinemamed le 02/12 au cinéma Palace à 20h45.



Le documentaire part à la rencontre d'un groupe de jeunes femmes et de filles qui déjouent avec ténacité et acharnement le caractère essentiellement masculin de cette tradition et qui désirent disputer leur tbourida face à une majorité écrasante d’hommes. Pour mener à bien cette performance, les cavalier·ère·s doivent charger en ligne sur les chevaux et tirer simultanément un coup de mousquet. Les femmes tenaient initialement un rôle de soutien et d’encouragement à travers la préparation des festivités et leurs youyous. On entend d’ailleurs dans le film ces cris modulés avec la langue, caractéristiques de certaines cérémonies maghrébines. Depuis le début du 21e siècle, des sorbas féminines se sont constituées au Maroc. Elles gagnent en visibilité dans les moussems et les concours, mais restent minoritaires, et elles suscitent curiosité et débats par rapport à leur participation. Cette pratique est née de la reconstitution des assauts des anciens guerriers berbères et arabes. Synonyme européen de tbourida, le mot fantasia a été popularisé par l’orientalisme, cette fascination mal placée aux connotations racistes et essentialisantes de l’Occident à l’égard de l’Orient née au 19e siècle. La tradition menée par les cavalier·e·s est donc aussi un symbole de décolonialisme.

Dans le long métrage, Hanane est la moqaddem de la troupe. Mais la pratique de cette tradition s’avère ardue pour elle et ses consœurs. Son père, malgré ses inquiétudes financières, vu le coût élevé de l’équipement, des animaux et du transport vers les compétitions ainsi que les entretiens exigeants et le dressage des équidés, la soutient dans sa passion. Nisrine, sa sœur, lui fait comprendre qu’un mariage proche lui pend au nez vu son âge avancé. Les questions intempestives entourant une possible union maritale l’agacent. Mais Hanane, jeune femme déterminée au caractère bien trempé, a trouvé auprès de sa jeune sœur cadette, Banou, la relève, et sait qu'elle peut compter sur elle pour perdurer sa ferveur afin que celle-ci devienne la prochaine moqaddem de la sorba. Hanane mène un autre combat d’ordre social : des bulldozers menacent de raser son village pour construire de luxueux lotissements. Elle comprend qu’elle n’a plus de temps à perdre, que la tbourida peut réellement lui permettre de s’émanciper elle et sa famille pour échapper à leur sort. Elle décide de participer avec sa troupe au plus prestigieux moussem du Maroc, où les meilleurs cavalier·e·s du royaume s’affrontent chaque année.

L’aspect esthétique du documentaire est aussi indéniable. La sorba porte des djellabas, des selhams et des turbans assortis pour symboliser l’unité, la pureté et l’appartenance à une même région ou tribu. Les sorbas rivalisent aussi par la beauté de leur accoutrement, de leurs armes et de leurs chevaux. Les cavalier·e·s sont paré·e·s d’un baudrier brodé qui porte la poudre, leurs chevaux sont parés comme des partenaires d’honneur avec une selle de velours brodée d’or, des couvertures et des brides richement décorées. Historiquement, l’animal symbolise d’ailleurs la noblesse et la bravoure, et on veut le montrer comme l’égal de son cavalier.

À travers des scènes épurées, tantôt palpitantes des compétions, et tantôt tendres ou caustiques des échanges au sein de la famille de Hanane, ce film est l’expression d’une persévérance farouche et indomptable.