Couverture de l'article Blue Mambo de Louise Obry

Blue Mambo de Louise Obry

Dans cette ambiance grisâtre bruxelloise, nous découvrons Paloma et Chloé lors de leurs retrouvailles suivant une longue période de distance après une rupture. Chloé souhaite obtenir le sperme de Paloma, nouvelle femme trans.


D’abord décontenancée et outrée, elle prend la mouche et refuse, s’étant déjà sentie instrumentalisée par le passé. Selon elle, cet enfant tant désiré serait le symbole d’une féminité à atteindre pour Chloé, ce qui révulse Paloma pour qui cette réserve de sperme était seulement l’occasion de se donner le choix sur le long terme et guère un projet concret. À travers une longue balade diurne et nocturne de Bruxelles, elles renouent, renforcent et attendrissent leur relation avant d’en venir à un compromis idéal.

À travers son court-métrage Blue Mambo, Louise Obry étaye la discussion autour de l’éducation d’un enfant à plusieurs ou du moins illustre une certaine ouverture au sein d’une future situation parentale. Comme bell hooks l’a décrit ex professo dans Feminist Theory: From Margin to Center il y a déjà 40 ans, un enfant afro-américain issu d’un milieu indigent était souvent éduqué par de nombreux membres de sa propre famille ou de sa communauté au 20e siècle. L’entourage proche ou éloigné était détenteur d’un sens profond au sein de l’éducation parentale. Et si cette théorie pouvait s’appliquer de nos jours aux situations parentales LGBTQIA2+ et ensuite à l’ensemble de l’humanité ?

Paloma donne, Chloé organise et la compagnonne de celle-ci portera l’enfant. Malgré l’apparent irréalisme de cette situation, la réalisatrice nous invite à un rêve éveillé où un amour cristallisé dans le passé ferait surgir une nouvelle vie dans le présent. Le film approfondit aussi une réflexion sur l’amour entre ex et nous démontre une nouvelle fois la nature fugace et culturelle des modèles relationnels humains. Le pardon et la compréhension qu’octroie Paloma à Chloé donnent du baume au cœur. Cette configuration et les amours se libérant des carcans hétéronormatifs au sens large permettraient-ils d’ouvrir la voie vers une parentalité plus saine ?