Couverture de l'article Carlos Rios, directeur du D'A festival de Barcelone

Carlos Rios, directeur du D'A festival de Barcelone

Le festival D’A de Barcelone, dirigé par Carlos Rios depuis sa création, célèbre le cinéma d’auteurs sans restriction de genre, avec une sélection paritaire et diversifiée. Organisé par Noucinemart, il présentait 120 films en 10 jours, du 19 au 29 mars 2026, mêlant œuvres risquées et accessibles, tout en soutenant les talents locaux. Son succès repose sur l’équilibre entre qualité artistique, budget et attractivité pour le public. Plusieurs films belges y étaient sélectionnés dont l'Enfant bélier de Marta Bergman, le deuxième court métrage de Hugo Amoedo Canal, Moon Safari (que nous avons également interviewé) et la coproduction belge (avec Krater Film) qui a clôturé de manière grandiose le festival : La Buena Hija (The Good Daughter) de Júlia de Paz Solvas.

Cinergie : Carlos Rios, vous êtes le directeur du festival D’A. Que signifie D’A ? C'est le DA russe ?

Carlos Rios : Non, c'est le D’A catalan. Comme en français, il existe l'apostrophe en catalan. Le A vient d’Auteurs. Nous sommes le festival international de cinéma d'auteurs et nous optons, avec cette orthographe, de ne pas définir de genre. Nous ne sommes pas un festival thématique. Nous présentons des films de tous les genres, qu’ils soient courts ou longs, documentaires ou fictions, pourvus qu’ils soient d’auteurs.

C. : Depuis quand êtes-vous le directeur de ce festival?

C. R. : Je suis directeur depuis la première édition. Et nous sommes à la 16e. Ce festival est une initiative privée, c'est une entreprise qui organise le festival, avec des aides publiques, bien sûr, et privées. Ce n'est pas un festival public, ce n'est pas la ville de Barcelone, ni la Generalitat, le gouvernement catalan, ni l'Administration de la Culture qui l’organisent. Ils participent, ils aident, mais c'est une initiative privée.

C. : Et quelle est cette entreprise? C'est une société de distribution ?

C. R. : C'est le Noucinemart, une entreprise culturelle qui distribue des films. On travaille pour réaliser ce festival, mais également pour la distribution de films et pour la réalisation de programmation pour des centres culturels ou des cinémas d’été. Cela dépend des demandes de nos partenaires.

C. : Vous distribuez des films montrés au festival ?

C. R. : Pas nécessairement. Nous avons distribué des films d’Albert Serra, d’Apichatpong Weerasethakul, ou de Bruno Dumont. Certains ont été montrés au festival, mais d'autres non. Ils avaient été sélectionnés au festival de San Sebastian ou ailleurs. La société de distribution cherche à donner l’opportunité à des films de cinéastes connus et reconnus d’être montrés dans notre pays. Les films que nous distribuons sont toujours en version originale sous-titrée, jamais doublée. Nous distribuons en moyenne quatre films par an.

C. : Et comment établissez-vous la sélection du festival ? Quel est votre ligne éditoriale ?

C. R. : Nous sommes un comité de sélection de dix personnes, paritaire entre hommes et femmes, un comité qui collabore depuis plusieurs années, diversifié en âge et en profession, il y a des critiques de cinéma mais aussi des personnes venant d’autres horizons. Nous regardons un maximum de films dans les festivals, et bien entendu ceux que l’on reçoit. Nous faisons une sélection paritaire, dans le sens où on essaye de toujours avoir autant de films de cinéastes femmes que d’hommes, des films diversifiés dans les thématiques abordées, de divers pays. Nous choisissons des films que nous voulons défendre, toujours rechercher l’équilibre entre un cinéma plus risqué, plus indépendant, plus risqué au niveau thématique ou de style, avec des films que nous pourrions qualifiés plus grand public, mais toujours d’auteurs.

C. : Combien de films sont présentés pendant les 10 jours du festival ?

C. R. : Il y a 70 longs-métrages et 50 courts-métrages répartis dans plusieurs sections. C'est un festival de taille moyenne. On est en discussion de réduire le nombre de films pour leur donner la possibilité de les présenter plusieurs fois.

C. : Le festival est à sa 16e édition, il est bien implanté maintenant.

C. R. : Oui, effectivement. Depuis l’apparition du DCP, il est beaucoup plus facile de faire circuler les films. On n’est plus tenu à faire circuler une même bobine dans le monde entier, d’un festival à l’autre, en ayant à attendre son tour. C’est ce qui fait qu’on assiste à une éclosion de festivals dans de nombreuses villes. Et à Barcelone, il y a une dizaine de festivals qui sont organisés toute l'année, de dimensions diverses, thématiques pour la plupart. Mais ce festival-ci est un des plus importants.

C. : Et quelle est la plus grande difficulté pour un directeur de festival ?

C. R. : La plus grande ? Question intéressante ! Je crois que c'est trouver l'équilibre. L'équilibre entre la qualité artistique, entre le line-up, le budget, et entre ce qu'on veut et ce qu'on peut. On aimerait tous que tous les cinéastes soient invités et qu’il y ait plus de séances, avec des séances matinales. Mais il faut faire un équilibre entre la réalité budgétaire et nos désirs. La difficulté, ou le défi, c'est de gérer au mieux les ressources, qui sont limitées, faire en sorte que le festival soit attirant, que le public vienne, parce qu'une programmation de films d’auteurs, c’est toujours risqué. Et sans public, c'est encore plus compliqué d'organiser un festival.

C. : Et comment fait-on pour y arriver ?

C. R. : Il faut une bonne équipe, qui fasse une bonne programmation, qui soit équilibrée entre premiers films et films plus aboutis qui puissent attirer un public plus jeune. Chercher à équilibre des premières œuvres et des rétrospectives d’auteurs comme celle de Claire Denis ou Christian Petzold. Et surtout faire une bonne communication, une bonne publicité, atteindre son public. Essayer d'être proche, ne pas être élitiste, ne pas être distant, ne pas prétendre être parfaits mais être passionnés et dans le désir de partager nos découvertes.

C. : Le Festival a des subventions publiques. C'est pourquoi vous avez aussi des films espagnols et catalans, c'est pour répondre à un désir public ?

C. R. : Oui et non. Évidemment, la responsabilité du festival c'est aussi de faire connaître les productions nationales et régionales. Mais un festival international avec uniquement des films internationaux ne créerait pas une communauté de cinéphiles et nous n'aiderions pas l'industrie locale. Je crois que n'importe quel festival de n'importe quelle partie du monde qui a une vision internationale doit avoir une vision du cinéma local. Ceci pour créer une communauté de spectateurs et même de cinéastes, donner un avenir aux cinéastes, leur donner de la visibilité. Au sein du festival nous avons un laboratoire de l'industrie où nous soutenons les nouveaux talents nationaux. Nous donnons des outils pour que les cinéastes aient une meilleure sortie. C'est un objectif volontaire qui rejoint celui des autorités publiques locales.

C. : C'est pour cela que vous organisez des rencontres professionnelles pendant le festival ?

C. R. : Effectivement, pendant 4 jours il y a un espace de travail pour des projets sélectionnés et des représentants de l'industrie, en plus des rencontres entre le public et les cinéastes.

C. : C'est la première année que le Festival reçoit un jury de la FIPRESCI (Fédération Internationale de la Presse Cinématographique). En quoi est-ce important ?

C. R. : Nous avons toujours reçu des critiques de cinéma pendant le festival mais recevoir un jury de la FIPRESCI donne une dimension internationale et une reconnaissance plus importante du festival et des films programmés.