Le réalisateur dénonce d’abord le pinkwashing mené par le gouvernement israélien au moment même où ce film est sorti. L’État veut s’ériger en sauveur de la communauté LGBTQIA+ et ce faisant, verse dans le misérabilisme de cette communauté vulnérable. Mais Jado n’en démord pas : cela fait depuis les années 40 qu’Israël a mené des offensives contre son pays natal. Par ailleurs, à travers ces témoignages, Jado nous conte la violence inouïe qu’elle a subie depuis son plus jeune âge : viol de son oncle, mariage forcé et prescriptions de médicaments anaphrodiasiques. Son père était même présent au moment où Jado devait défleurir sa femme avant de se voir obligée d’abandonner sa vie à cause de son identité. Les sévices des forces de l’ordre libanaises sont tout aussi graves. La police arrête les victimes d’agression sexuelle trans si elles tentent de dénoncer ce méfait. Elle peut aussi exiger une inspection anale mais la communauté queer forte et soudée a tendance à recollecter de l’argent afin de soudoyer le médecin pour qu’il falsifie les résultats. Même un groupe extrémiste chrétien à Beyrouth a attaqué un bar où se tenait un drag show en 2023. Le tableau s’assombrit quand on découvre une nouvelle fois, comme c’est souvent le cas, que les colons blancs ont eux-mêmes pénalisé les relations homosexuelles dans les années 1900.
Jado est ainsi un exemple poignant et vigoureux d’une génération ayant versé leur sang pour le confort de la nouvelle génération libanaise. Ses semblables sont mort·e·s bien avant qu’une quelconque ONG leur vienne en aide. Fidèle à la démarche de ce documentariste et photographe libanais installé à Bruxelles, qui filme depuis plusieurs années des questions sociales pour donner la parole aux voix marginalisées, Ceasefire, they are crossing nous offre un acte de témoignage et de résistance original et insolite.