Tourné en 1959, en Belgique wallonne, dans la région des charbonnages du Hainaut en plein déclin, Déjà s’envole la fleur maigre, unique long métrage de fiction de son auteur, météorique et difficilement classable, aurait dû fonder et féconder une cinématographie belge alors en gestation confuse. Remarqué au Festival de Cannes en 1963, primé dans de multiples manifestations, vanté par la critique et loué par Rossellini lui-même, son esthétique le rattachait autant au néoréalisme qu’à ces nouveaux cinémas éclos dans les années 1960. D’une modernité prémonitoire, naviguant en permanence entre documentaire et fiction, chaque protagoniste interprétant son propre rôle ou peu s’en faut, le film hélas n’irrigua rien tant l’état belge, à l’origine commanditaire d’un court métrage de propagande, ne pardonna jamais à Meyer d’avoir tendu le projet initial vers un cinéma de poésie sans didactisme ni lourdeurs, invitant ses spectateurs à percevoir la lumière sous la noirceur d’un paysage endeuillé. Poursuivi devant les tribunaux, écrasé par l’impitoyable logique des censures implicites, Meyer fut condamné à disparaître dans les oubliettes de l’Histoire. Du moins jusqu’en 1995, année de la tardive sortie de son film en France.
Côté Films #50 : Déja s'envole la fleur maigre de Paul Meyer
Le livre de Patrick Leboutte et Emmanuel Mossart raconte la genèse de ce documentaire belge, devenu culte avec le temps. Initialement commandé par le gouvernement belge pour faire la propagande des charbonnages, il deviendra un symbole de la lutte ouvrière.