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Coward de Lukas Dhont

En avril dernier, la programmation en sélection officielle du 79e Festival de Cannes du film Coward de Lukas Dhont était presque attendue. Après avoir bouleversé la Croisette avec Girl (Caméra d'or en 2018) puis Close (Grand Prix en 2022), le réalisateur, avec Coward (Double Prix d'interprétation masculine en 2026), inscrit son nom dans l'histoire du festival en s’inscrivant comme le premier cinéaste flamand à voir ses trois premiers longs métrages sélectionnés en compétition officielle. Une nouvelle apparition loin d’être volée pour Dhont qui confirme dans cette nouvelle œuvre, dotée d'un budget ambitieux de plus de 10 millions d'euros, l'ascension fulgurante d'un auteur qui a pour constante vocation de sonder les fragilités humaines et de flouter les frontières du genre avec une acuité rare.


Dans une actualité cinématographique qui fait la part belle à la Seconde Guerre mondiale (Notre Salut, La Bataille de Gaulle, Moulin), Lukas Dhont fait un léger pas de côté. Avec Coward, rendez-vous en 1916 sur le front belge de la Première Guerre mondiale. Plus loin, l’originalité du film réside aussi dans la relecture inhabituelle que le film fait de l’événement, préférant à l'héroïsme martial traditionnellement rattaché au film de guerre, des récits de vie, humains, touchants, et souvent à distance du champ de bataille, sur les planches d’une scène de cabaret. Coécrit avec son fidèle collaborateur Angelo Tijssens, le scénario explore la mise en place d'une revue théâtrale par une troupe de soldats (“les rejetés”) dans le but de redonner du baume au cœur aux soldats et autres gueules cassées. Autour de ce projet, une rencontre émerge entre deux jeunes hommes : Pierre, un jeune paysan taciturne surnommé “le taiseux” par ses camarades d’infortune, et Francis, un tailleur civil devenu metteur en scène exubérant. À travers leurs histoires croisées et leur amour clandestin, le film interroge la notion même de lâcheté qui donne toute sa saveur au titre original (et moins à sa traduction française - Les Braves) : est-ce vraiment lâche de fuir un massacre industriel organisé pour survivre et vivre sa passion (dans les deux sens du terme) au grand jour ?

Toujours adepte des nouveaux visages, Lukas Dhont peut compter une fois de plus sur une distribution éblouissante, récompensée à juste titre par le Prix d'interprétation masculine ex æquo sur la Croisette. Emmanuel Macchia, repéré lors d'un casting sauvage, incarne Pierre un introverti qui s’exprime majoritairement au travers de la puissance brute de son corps taillé en V, tandis que Valentin Campagne se fait performeur extraverti et fantasque dans la peau de Francis. En coulisses, l’image, ciselée par le directeur de la photographie néerlandais Frank van den Eeden, sublime la vulnérabilité des corps masculins, la joie des scènes de chant, s'attardant sur la tendresse plutôt que sur la brutalité, sur les visages plutôt que sur les obus. Le montage du Belge Alain Dessauvage finit de sculpter ce temps suspendu, en rappelant que le cinéma est même capable de mettre à distance les horreurs d’une guerre (malgré tout parfois très graphiques) en nous contant les joies éphémères de ces spectacles qui troquent les tranchées pour des gradins.

Accueilli en grande pompe (la présentation cannoise fut couronnée d'une standing ovation de treize minutes et du prestigieux Prix du Cinéma Positif), le film, en refusant la noirceur absolue et en faisant le choix de valoriser la tendresse, la camaraderie et l'expression de la vulnérabilité propose une nouvelle forme de résistance face à la guerre et au patriarcat militariste. Avec Coward, qui représentera la Belgique aux Oscars, Lukas Dhont signe une touchante ode humaniste inhabituelle dans ces contextes guerriers et mortifères.