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Dans les ruches de Christophe Hermans, Amandine Bisqueret et Mathias Desmarres

Après plusieurs documentaires très remarqués, le cinéaste Christophe Hermans sortait en 2022 son premier long-métrage de fiction La Ruche, un film sur la bipolarité inspiré par sa relation avec sa mère, elle-même atteinte de cette maladie mentale. En 2026, le réalisateur revient à la forme documentaire avec Dans les ruches, un film coréalisé avec Amandine Bisqueret et Mathias Desmarres, qui s’intéresse à l’expérience des familles face au trouble psychique.

« Une personne sur quatre va souffrir d’un trouble mental à un moment de sa vie », c’est par cette donnée de l’Organisation mondiale de la santé que le documentaire s’ouvre. D’emblée, Dans les ruches s’inscrit dans une démarche informative autour d’une question de santé publique plus que jamais d’actualité, car, que l’on souffre soi-même d’un trouble psychique ou que l’on soit proche d’une personne porteuse d’un trouble, la maladie mentale n’est jamais uniquement l’affaire des autres.

Mais loin d’être uniquement un documentaire didactique, le film propose une plongée dans l’intimité de trois familles pour observer le quotidien de familles touchées par la maladie mentale. Patricia et Guy, Sara et Maxim, Anne-Marie et Damien forment trois duos mère-fils dont les relations constituent le cœur du récit. À travers eux, le documentaire déplace progressivement son regard de la maladie vers celles et ceux qui vivent avec elle. Pour mettre en lumière les effets des maladies mentales sur l’entourage, le documentaire alterne des témoignages et des scènes de vie, car c’est bien dans ces moments ordinaires que se dessine une réalité qui l’est beaucoup moins. Une approche pudique de la maladie mentale qui ne dissimule pas pour autant la réalité de la souffrance et de ses effets sur l’entourage.

Le documentaire montre ainsi la complexité d’avoir une vie conventionnelle, ou du moins « ordinaire », pour les aidants proches. La perte d’autonomie que peuvent engendrer les maladies mentales amène avec elle son lot de charge mentale, mais aussi de charge émotionnelle. Comment continuer à vivre sa vie de femme et de travailleuse pour ces mères qui dédient presque l’entièreté de leur vie à leur fils ? Une trouve du réconfort dans la foi tandis que l’autre se tourne vers la plongée sous-marine, autant de manières d’exister en dehors de son rôle d’aidante.

À travers ces trois parcours, Dans les ruches porte une double revendication discrète, mais tenace : rendre visibles des personnes souvent réduites au silence par une société qui peine à accueillir leurs différences et faire reconnaître les personnes qui les accompagnent. Le recours au format scope ouvre littéralement le cadre et permet aux protagonistes d’exister en dehors de la maladie.

La douceur qui ressort de ce documentaire constitue peut-être sa force, mais aussi son angle mort, car il reste les grands absents de ces ruches familiales : les pères. Certains sont partis, d’autres restent relégués au hors-champ, mais leur absence finit par soulever une question que le film pose en filigrane, celle de la répartition genrée du soin. Une question d’autant plus importante quand on sait que, d’après une enquête de santé réalisée en 2018 par l’Institut Scientifique de Santé publique, 85 % des aidants proches sont des femmes en Belgique.

En choisissant de filmer non pas la maladie, mais les liens qu’elle transforme, Dans les ruches dessine les contours d’une réalité qui donne tout son sens au titre du documentaire, des ruches comme des réseaux d’entraide où les existences des uns gravitent autour de celles des autres.