Forte de sa propre expérience en foyer, la réalisatrice a écrit sur un sujet qui ne peut pas nous laisser indifférents et elle aurait pu passer à côté en étant elle-même très (trop?) concernée. Au contraire, la justesse, la sensibilité qu'elle fait exister par les comédiens et comédiennes donnent un ton engagé certes, mais également réaliste tout en gardant en tête qu'il s'agit bel et bien d'une fiction dramatique. On pourrait même ressentir de l'hypersensibilité dans la retenue comme dans l'excès. Grâce à l'histoire de Noah qui, à 21 ans, revient chercher des affaires là où il fut accueilli malgré lui, Clara Diet documente finement les ressentis du jeune adulte lorsqu'il découvre la nouvelle pensionnaire de son ancienne chambre. Rien qu'en commençant le film par une séquence en écran vertical, on situe clairement le fûdo c'est-à-dire la manière dont les sujets humains vivent leur environnement et comment ils expriment cette relation (cfr Tetsuro Watsuji). Le reste s'installe posément avec, au début, le manque d'assurance de Noah qui se confronte à ce retour en arrière et aux souvenirs qui l'ont impacté. On comprend qu'il est question de résilience et surtout de survivance. La réalisatrice le rappelle avec les dernières lignes de son générique de fin. Les éducateurs font comme ils peuvent avec les moyens dont ils disposent. Les Nic-Nac, ces petits biscuits ronds surmontés d'une fleur en sucre aux couleurs diverses jouent le rôle de lien et ils nous surprennent par leur intemporalité, biscuits de mon enfance alors que ma génération approche des 3x20, biscuits des jeunes adultes d'aujourd'hui. Lien transgénérationnel rappelant qu'hier et aujourd'hui, les foyers d'accueil ne sont que des transits, des alternatives pour se substituer ponctuellement ou de manière permanente sur une période limitée à l'environnement familial équilibré, sécurisant, serein et aimant. Chacun y fait son chemin de vie avec ses propres armes laissant s'envoler une partie de sa jeunesse.
Enfants d'hier, de Claire Diet
Illustration : Gwendoline Clossais
Récompensé d'une Mention spéciale du Jury lors de la 34e édition du Festival Le Court en dit long au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris (juin 2026), le film convoque notre empathie pour tous les jeunes en foyer d'accueil.