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Frontera de Judith Colell

1943, frontière franco-espagnole. Le spectre de la guerre civile espagnole plane encore et la France est en pleine occupation allemande. Manel exerce son métier de garde-frontière avec cœur et dévouement, jusqu’au jour où il découvre l’horreur infligée aux Juif·ve·s en France. Il décide alors de rejoindre un réseau de passeurs clandestins via les montagnes des Pyrénées.

Une journée comme une autre, Manel surveille la frontière lorsqu’il voit débarquer un groupe de femmes, d’hommes et d’enfants venus demander, avec un espoir infini dans les yeux, l’asile en Espagne. Suivant la loi et les ordres reçus, il refuse de les laisser passer. Certains habitants du village – des femmes principalement, dont l’épouse de Manel – franchissent clandestinement la barrière pour apporter à ces personnes épuisées de l’eau, un peu de nourriture et de quoi soigner leurs blessures.

Arrive alors un camion de soldats allemands. Sourire aux lèvres, ils louent le travail du maire et de Manel avant d’emmener brutalement tout le groupe qui implore une dernière fois la clémence du garde-frontière effaré et impuissant.

Ce sera le déclic nécessaire pour que Manel rejoigne le groupe de résistant·e·s formé notamment de la très combative Juliana et du Français Jérôme (joué par le Belge Kevin Janssens).

Certains agissent par humanisme mais d’autres par intérêt, comme le lieutenant Sanchez qui fait passer des articles de contrebande sur le dos des réfugié·e·s en échange des itinéraires de patrouille de ses équipes.

Tout se complique cependant quand le maire, obnubilé par sa carrière et très proche des nazis comme de leur idéologie, comprend que quelque chose se trame au sein de son village.

Des films sur la Seconde Guerre mondiale, il y en a eu beaucoup. On pourrait donc se demander pourquoi en 2026, on continue à évoquer ce sombre passé de notre histoire.

Peut-être justement parce que, comme le rappelle à juste titre ce film, ce passé n’est pas vraiment passé. Des tragédies inspirées par des idéologies semblables se déroulent aujourd’hui dans plusieurs endroits du monde. L’époque et les frontières changent ; la détresse, le désespoir, la douleur et l’oppression, eux, sont les mêmes.

Alors oui, en 2026, à l’heure où l’extrême droite progresse presque partout en Europe et en Occident, il est malheureusement toujours nécessaire de réaliser des films sur ce sujet. D’enfoncer le clou encore un peu plus. De ne pas oublier, de ne pas être crédules face à certains discours politiques et de rappeler l’importance cruciale de la lutte collective.

On pourrait reprocher à Frontera son approche de classique, mais on retiendra aussi des rôles féminins forts, la complexité du personnage principal en lutte permanente entre l’envie de sauver des innocent·e·s et celle de protéger ses enfants, sans oublier la question que l’on peut se poser après avoir vu ce film: pourquoi glorifie-t-on ces héros du passé quand on incrimine les mêmes résistant·e·s aujourd’hui ?