Premier plan : ce paysage digne de Fahrenheit 451 et de 1984 où la violence policière crue de ce fameux jour au Bois de la Cambre nous donne froid dans le dos. Ce jour qui a marqué la jeunesse bruxelloise face aux cris stridents des agents à l’allure virile d’un combat liberticide pour les un·e·s, protecteur pour les autres. Les remontrances des drones multilingues surplombant la scène nous rappellent d’ailleurs ces décors dystopiques des romans du même genre. La réalisatrice a voulu dépeindre à travers ce court le besoin de lien de ces jeunes confronté·e·s à la dure réalité de cette crise sanitaire, besoin humain entrant en conflit direct avec un pan de la population. Nous découvrons ensuite sa grand-mère confinée et tous les soins que la réalisatrice lui prodigue avec tendresse dans ce cocon paisible, ainsi que sa sœur et sa nièce où de nouveaux plans de caresse viennent nous rappeler cette importance du contact humain. Son frère, en proie à une solitude folle et à une idéation suicidaire, isolé à la campagne pendant le confinement, finit dans un asile psychiatrique où il fait la rencontre de deux personnes qui lui permettent de retrouver un sens à sa vie.
La réalisatrice a aussi rassemblé des extraits de Grace Paley, écrivaine féministe antinucléaire et très engagée politiquement, férue des formes de solidarité féminine sans oublier une phrase de Denise Levertov, tirée de son poème « Intrusion », une grande poétesse qui s’intéresse aux expériences du quotidien, engagée contre la guerre du Vietnam, et un extrait du poème « Sing to It » d’Amy Hempel, connue pour ses histoires très courtes autour du deuil, de la solitude, de l’amour.
D’un point de vue de la technique, la réalisatrice utilise la bolex 16 mm, outil qui célèbre d’après elle une forme de cinéma héritée de la tradition du film-journal. Je la cite : « Dans le film, mon corps est présent dans l’image à travers ce tremblement de la caméra, comme un écho à la fragilité des moments que je filmais. »
Dans l’ambiance inédite du début des années 2020 de ce film, on découvre la zone grise délicate entre liberté et protection de l’humanité, entre cruauté et tendresse d’un monde aux multiples crises.