Lauréat du prix des auteurs au dernier festival Anima, ce film envoûte dès l’apparition du titre où chacune des lettres est un amas de corps assemblés où les membres s’emboîtent à la perfection. Le personnage traverse l’image, à vélo. Les yeux cernés, les épaules basses, il suit la route toute tracée, il avance, sans réfléchir, d’un point A à un point B. Et, là, il surprend un couple qui s’enlace-s’embrasse tendrement, sur le bord. L’univers gris et triste se transforme alors petit à petit, prend de la couleur, et notre personnage maussade du début sourit, les yeux ronds, en se plongeant mentalement dans un monde rose où les câlins, sous toutes leurs formes, ne se ressemblent jamais.
Il y a les câlins partagés, les câlins rejetés, les câlins à deux, à trois, à quinze, avec un chien, un ami, en enfant. Il y a les câlins d’amour, les câlins tendres, les câlins timides, les câlins réconfortants, les câlins nécessaires. Le réalisateur virtuose joue avec les corps, avec les plans. Les câlins surgissent de cadres en cadres, chaque hug en appelant un autre, comme une étreinte qui ne se finirait jamais.
À côté de cette animation onctueuse pleine de souffle, il y a la musique psychédélique de Thomas Giry qui berce le spectateur et lui fait vivre un voyage sensoriel sans précédent, un voyage sans ayahuasca, quoique. Un voyage initiatique qui transforme le personnage, mais aussi le spectateur. Le film retourne les tripes et vient te chercher à l’intérieur, vient raviver des étreintes oubliées. Le son épouse l’image, l’image épouse le son. Même si, pour l’expérience, on peut écouter sans l’image et être projeté ailleurs, far far away. Hugs est un film d’une grande simplicité narrative, il va à l’essentiel, à la vie, aux besoins primaires via une animation plus que maîtrisée. C’est un film doux, mou dans sa texture, un film dans lequel on voudrait se laisser happer pour échapper au quotidien quelques minutes, une méditation, une respiration.