Ce court-métrage intéresse d’abord les spectateurices par la représentation de certaines normes de beauté, notamment l’embonpoint et certains codes genrés absurdes qui font sourire. Lors du mariage de son cousin, Victor se fait frapper par un invité vêtu d’une robe, car il porte des chaussures branchées. La tapisserie et les tâches ménagères sont sans surprise réservée aux femmes, tout homme décidant de mettre la main à la patte étant brimé ou insulté.
Notre héros se lance alors dans un essai ethnologique pour analyser les formes géométriques asymétriques des tissages et démontrer que leur souffle queer s’oppose à leur fabrication pétrie de biais hétérosexistes. Alors qu’il choisit la forme diplomatique pour déconstruire les préjugés de sa grand-mère, Alexandra, pleine de rancune, se montre plus agressive. Deux méthodes qui semblent porter leurs fruits… Par ailleurs, nous découvrons les injustices historiques qui se cachent derrière la production du métier à tisser. La mère et la grand-mère de la fratrie se cachaient dans des trains la nuit pour pouvoir vendre leurs productions pour échapper aux forces de l’ordre décrétant qu’il s’agissait d’exploitation. Nous sommes également consternés et touchés par la profonde précarité de leur tante touchant 25 euros par mois.
Vers la fin, l’émotion nous prend aux tripes quand cette grand-mère avoue qu’elle comprend la fuite de son petit-fils de cette région qui l’aurait maltraité pour de bon. Côté graphisme, l’esthétique aux couleurs parfois criardes et peu harmonieuses peut heurter, mais l’humour des dessins change la donne. Avec ces perles posées sur un chien intérieur qui ne demande qu’à sortir, Valeriu Andrisca signe un court-métrage touchant qui rappelle qu’on peut déconstruire les traditions sans renier ceux qui nous les ont transmises.