Nous découvrons bien vite que cette petite bourgade de la région d’Almeria n’est pas la plus progressiste du monde. Alors qu’Ivan se fait insulter pour son identité trans et peine souvent à trouver une compagne et qu’Hadoum est discriminée à cause de ses origines marocaines, les deux jeunes adultes trouvent en chacun·e une oasis de tendresse et de sensualité. Après avoir vécu ensemble une agression dans un bar, la scène de leurs premiers ébats respire la délicatesse lascive mais aussi un douloureux mélange de vulnérabilité et de stress dans ce contexte de (re)découverte d’un corps neuf et vierge. Perplexes face à leurs sentiments naissants, ils rêvent de fuir loin de cette campagne rétrograde. Selon Ivan, c’est la solution la plus brave qu’il puisse prendre pour son avenir. Leur relation se complique quand Ivan est promu dans l’entreprise et devient le patron d’Hadoum. Celle-ci le charie de le voir apprécier d’être devenu un homme avec plus de pouvoir. Ivan se retrouve tiraillé entre son amour pour elle et la fidélité envers les siens. Ce conflit d’intérêt devient rapidement difficile à résoudre. Grâce à sa promotion, il sera capable de faire déménager toute sa famille de leur petite maison vers un magnifique appartement donnant sur la plage. Comment ne pas leur être redevable alors que sa mère lui a payé sa chirurgie de transition ? Sa mère qui a dû affronter la mort de son mari et la vente forcée de leur ferme familiale à la suite de la crise de 2008.
À cause de problèmes financiers touchant son entreprise, Manuel, le patron des serres agricoles, veut alors vendre son bien à une entreprise allemande. Carmen, la sœur d’Ivan, s’étant d’abord sentie comblée pour son frère, s’oppose à ce couple quand le chef d’Ivan découvre leur relation amoureuse naissante. Sa famille est d’ailleurs proche de celle de Manuel. La tension monte d’un cran. Hadoum et d’autres travailleuses, au fait d’un risque élevé de licenciement, désirent saboter la visite des nouveaux futurs patrons de l’entreprise. L’amour du jeune couple est aussi mis à rude épreuve par les mœurs traditionnelles de la famille d’Hadoum, peu encline à accepter que sa fille côtoie un homme trans. Son frère aux abords accueillant semble tant bien que mal dissimuler un air menaçant envers le copain de sa sœur.
Malgré les trahisons commises et les obstacles que traversent le couple, Ivan et Hadoum persévèrent, bravent le manque d’acceptation de leur amour et en viennent à rejeter les idéaux perfides d’un changement de classe pour vivre leur idylle avec passion et liberté. Ce premier long métrage prolonge le parcours d’Ian De la Rosa, remarqué avec les courts Víctor XX et Farrucas où il avait déjà affirmé son souhait de dépeindre la ténacité de désirs intenses malgré les carences d’un environnement liberticide. Avec Ivan et Hadoum, il confirme la subtilité d’un regard lucide sur les identités trans et marginales du sud de l’Espagne.