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Le Corset de Louis Clichy

Louis Clichy délivre un formidable film d’animation, d’une simplicité limpide et touchante, sur la trajectoire d’un jeune garçon tenant de desserrer l’étreinte de son destin.

"Tu crois qu’on a besoin d’un fils qui pousse de travers ?" À dix ans, on a des rêves d’oiseau, on veut montrer qu’on est grand et souvent rendre ses parents fiers de soi. Mais pour Christophe, en ce début d’année scolaire 1986-1987, au cœur des plaines de la Beauce (le grenier à blé de la France) où sa famille gère une ferme, tout déraille, à commencer par son corps qui penche irrépressiblement au point qu’il tombe sans cesse et qu’il pulvérise le tracteur de l’exploitation lors de sa première leçon de conduite.

C’est ce préadolescent très attachant dont Louis Clichy a choisi de raconter trois ans d’existence dans le miraculeux le Corset, un petit joyau d’animation dévoilé au programme Un Certain Regard du 79e Festival de Cannes.

"Tu parles d’un attirail !". C’est un corset métallique Milwaukee, l’engonçant jusqu’à la mentonnière et lui valant moult sarcasmes à l’école ("Robocop") et un véritable isolement, que Christophe doit désormais porter 24 heures sur 24. Un vrai boulet que le garçon (enfant de chœur à ses heures) supporte très mal, physiquement et psychologiquement, mais qui lui ouvre néanmoins une issue de secours inattendue : devenir le tourneur de pages de Michel, le bienveillant organiste de l’église de Neuvy-en-Beauce. Une échappatoire lui apportant une nouvelle manière de voir le monde et qui se transforme au fil de temps en un apprentissage approfondi de la musique, alors que l’absence totale de communication avec son père (dont la ferme, très endettée, est sur le fil du rasoir, à la merci du résultat de la moisson) atteint des sommets. Et puis, dans le quotidien de Christophe, à l’aube de ses 13 ans, il y a maintenant une étoile filante, Clara, qui fait battre son cœur… Et secrètement, le garçon s’est aussi découvert une sorte de superpouvoir… Mais dans la vie, a-t-on toujours le choix ?

Maîtrisant magistralement le tempo de son récit (un scénario écrit avec Franck Salomé) qui file droit et à vitesse constante, bien concentré sur son protagoniste, Louis Clichy met en scène un film savoureux, émouvant comme Le Requiem de Gabriel Fauré qui jouera son rôle dans l’intrigue et drôle comme peut l’être parfois l’entrée maladroite dans l’adolescence. Mais le Corset déploie surtout, grâce à la pureté très simple de son animation, une fantastique poésie céleste et terrienne du réel, ce qui ne l’empêche pas de traiter par petites touches de sérieux sujets (la vocation, l’épée de Damoclès de la rentabilité agricole, les expérimentations sur les semences, les manœuvres des coopératives agricoles, les liens paternels et filiaux, la vie rurale avec ses vélos et ses arrêts de bus, etc.). Un ensemble de thématiques propices à la tristesse, mais que le cinéaste aborde avec tant de douceur empathique qu’il ouvre un horizon de lévitation à toutes les avanies.

Le Corset a été produit par Eddy Cinema et coproduit par Rhône-Alpes Cinéma et la société belge Beside Productions. Playtime pilote les ventes internationales.

Fabien Lemercier