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Le Voisin de Xavier Ziomek

Le droit de se tromper

Un voisin bûcheron et quelques certitudes qui volent en éclats. En suivant Christophe et ses collègues en situation de handicap, le réalisateur bruxellois Xavier Ziomek reconsidère avec Le Voisin la normalité, l’utilité et l’autonomie.

Tout commence derrière le jardin de Xavier Ziomek. Christophe s’assoit un jour près de ses enfants, qui l’adoptent rapidement. Il se met ensuite à sonner presque quotidiennement chez eux, avant qu’une visite par semaine soit convenue. Il lui parle du football, de sa famille ou de son travail de bûcheron. Ziomek décide alors d’inverser les rôles : puisque son voisin s’intéresse à sa vie, pourquoi ne pas entrer à son tour dans la sienne ? Cette relation ouvre Le Voisin, documentaire belge de septante minutes qui part ensuite à la rencontre des collègues et amis de Christophe.

Tous travaillent chez Timber, une ASBL fondée en 1986 à Woluwe-Saint-Pierre. Ce centre de jour accueille vingt et un adultes en situation de handicap mental, auxquels il propose un véritable travail forestier : abattre des arbres dans la forêt de Soignes, préparer le bois de chauffage et le livrer aux clients. Le film les accompagne également dans la colocation où vivent certains d’entre eux, entre l'apprentissage de l’indépendance, la présence des éducateurs et le plaisir de partager le quotidien.

Qui est vraiment autonome ?

Ziomek ne dissimule pas les idées avec lesquelles il arrive. Lorsqu’il explique vouloir montrer que ces hommes sont "utiles", l’un d’eux lui demande pourquoi leur activité devrait davantage prouver leur utilité que la sienne. Sa conception de l’autonomie est bientôt interrogée de la même manière. Certes, les bûcherons ont besoin d’éducateurs, de règles et d’un accompagnement. Mais le cinéaste ne dépend-il pas, lui aussi, de sa compagne, de ses amis et de ceux qui l’entourent ? Être autonome ? "C’est pouvoir se tromper, c’est avoir le droit de faire des erreurs", lui répond-on, sans que chaque faux pas permette de conclure aussitôt à une incapacité.

Trois hommes, pas trois handicaps

La force du documentaire réside dans ces questions que Ziomek laisse revenir vers lui. Présent à l’image, en voix off et derrière la caméra, il ne se pose ni en expert ni en bienfaiteur. Son regard évolue au contact de trois personnalités que le récit prend le temps de distinguer. Christophe, plutôt silencieux, s’inquiète pour sa mère gravement malade et tente de se préparer à l’épreuve grâce à un carnet de deuil. Guillaume, amateur de hockey et d’oiseaux, préfère finalement retrouver la colocation après avoir éprouvé la solitude d’un appartement. Gil, qui a reçu dans les années 1990 un diagnostic d’autisme Asperger – une catégorie désormais intégrée aux troubles du spectre de l’autisme –, compare son cerveau à un téléphone portable dont le réseau se brouille parfois. Il raconte avec une impressionnante lucidité son apprentissage des codes sociaux et sa peur de "l’après-parent", lorsque les siens ne seront plus là.

À travers eux, Ziomek ne prétend pas expliquer l’autisme. Il invite plutôt à mieux regarder les personnes auxquelles une étiquette a été accolée. Qu’est-ce qui différencie réellement une personne autiste de quelqu’un d’autre ? Où commence et où s’arrête cette normalité dont chacun se réclame ? Le réalisateur découvre surtout des êtres entiers, qui ne trichent pas avec ce qu’ils ressentent et ne font pas semblant. Cette franchise, parfois désarmante, renvoie le spectateur à ses propres comportements.

L’aide nécessaire n’est jamais occultée, mais les protagonistes ne sont pas pour autant réduits à leurs difficultés. Ils travaillent, plaisantent, se contredisent, rêvent d’amour, recherchent les autres ou revendiquent le droit de vivre seuls. À 16h06, la journée s’arrête, tournage compris, et chacun reste libre de ne pas participer. Ziomek doit donc avancer à leur rythme. Quelques scènes légèrement jouées, les images d’Antoine Delforge, la prise de son de Rémi Fassin, la musique chaleureuse de Léopold Roy et le montage alerte d’Arno Silvestre rendent l’ensemble vivant et souvent gai, malgré les inquiétudes qui le traversent. Le tout sans condescendance, sans pitié et sans la lourdeur que pareil sujet pouvait faire craindre.

À chacun de pousser la porte

Produit par Sioux Productions, société belge installée à Genval et cofondée par Xavier Ziomek lui-même et Viviane de Laveleye, Le Voisin a notamment bénéficié du soutien du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Loterie Nationale et du Tax Shelter fédéral. Be TV, Orange, Proximus et BX1 figurent également parmi ses partenaires.

Après Les Gardiens de l’Antarctique et La Traversée, entre autres, Ziomek signe un film humain, juste et souvent réjouissant. Sa réussite tient à l’attention accordée à chacun et à la manière dont il échappe aux discours généraux sur la différence. Ce voisin possède la simplicité et la chaleur nécessaires pour toucher ceux qui ne se croyaient peut-être pas concernés. Et qui auraient tort de rester sur le palier. Le Voisin sort ce mercredi 26 août.