Ce film, road-movie, suit Al dans une quête personnelle qui traverse les paysages, les États-Unis, le temps, les rivières, les douleurs, les récits. Al, comme les saumons, remonte sa vie à contre-courant pour affronter un passé chargé de honte et de non-dits. Isabelle et Vivianne sont montées avec lui dans son pick-up et tous les trois cheminent jusqu’à retrouver les vétérans qui ont combattu avec lui, là-bas, il y a longtemps, au Vietnam. Des retrouvailles comme prétexte pour mettre en lumière des êtres arpentant le bord des routes, des hommes et des femmes exclu ·es, oublié ·es, laissé ·es pour compte, des errant ·es dans un pays où la violence est reine.
Ce voyage silencieux est entrecoupé par la voix profonde et caverneuse du protagoniste qui cherche au plus profond de lui-même des réponses à ses questions. Le texte, issu de lettres et de conversations et écrit en concertation avec Al, résonne dans le calme étouffé. La musique de Liesa Van der Aa berce les spectateurices dans cette quête, entre le bien et le mal. Où est passée l’Humanité? Qu’est devenu l’Homme? Comment s’est-il transformé en monstre? Pourquoi détruit-il tout sur son passage? Comment trouver la paix?
À travers les questionnements de cet homme au bout du chemin, ce sont les nôtres qui nous taraudent. Qu’avons-nous fait de notre terre? Le film est ponctué par de longs plans contemplant ce qu’il reste de la beauté du monde. Les saumons, piliers de la tribu Yurok, souffrent et peinent à reprendre la place qui leur est due mais petit à petit, ils réapparaissent dans leurs rivières. Les réalisatrices accordent à ces poissons écorchés et sacrifiés une place de choix et abordent ainsi l’écologie, d’un point de vue politique.
Un film naît parfois simplement d’une rencontre et c’est la genèse du dernier film d'Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter, Grand Prix du Festival En Ville 2026. Elles sont parvenues à tisser avec Al un lien profond, intime et d’une grande honnêteté. Les spectateurices sont ici confronté · es à leurs propres défaillances et à leurs contradictions. Dans Les Recommencements, les réalisatrices racontent subtilement comment l’espoir fait place à la nuit, la majeure partie du film est d’ailleurs plongée dans l’obscurité mais la lumière n’est jamais loin. Ce film, profondément dur et chargé, est néanmoins une ode à la résilience et à l’humanité.