Le film s’ouvre sur des images de radios et de scanners. Le corps, ce squelette. Puis un lit, une chambre. Une jambe, un torse, un œil. Tandis qu’en off, un échange téléphonique entre un père et son fils s’engage, le corps dans la pièce, lui est morcelé. Éparpillé sur les quatre coins des murs, le regard tente de s’échapper par la fenêtre ou s’enlise dans de gros plans d’objets impossibles à identifier. Mais l’intime est politique. Et la question de l’occupation par Israël du plateau du Golan syrien surgit en off dans des informations télévisées. La scission entre le corps et le cœur que le film mettait en scène dans l’espace clôturé de la pièce se rejoue sur des images numériques arrachées à google map, le long de cette frontière physique parsemée de barbelés qui découpe les familles en deux, envoie les pères en prison et les fils à la morgue. Grâce à un travail sonore minutieux et des images précises et délicates, Alhasan Yousef réussit à nous plonger dans cette épreuve de la séparation et de l’enfermement. Que le film finit paradoxalement par transformer, à force d’allées et retours entre l’intérieur et l’extérieur, l’ici et le là-bas, en une échappée, une libération.
Locus Cordis de Alhasan Yousef
Habiter ailleurs
Dans sa chambre, un homme filme et se raconte. Il est là, mais il n’est pas là. Il est là-bas. Là-bas, c’est la Syrie. Comment raconter cette déchirure qui écartèle ceux qui ont quitté leur vie ? Un film expérimental, bouleversant.