Couverture de l'article Mon nom est Lilith de Leoluna Robert-Tourneur

Mon nom est Lilith de Leoluna Robert-Tourneur

Dans ce court-métrage haut en couleur à l’ambiance surréaliste, Lilith tombe du ciel vers les affres de la terre. « À celles qui sommeillent en moi, à celles qui grandissent en moi. » « Toujours une proie, mais jamais muette. » En proie à ces murmures de ses traumas teintés d’une poésie enivrante, à ces voix intérieures qui la tourmentent, elle se voit descendre dans les tréfonds de l’enfer où elle est accueillie par une sorte de Cerbère, chien mythique à trois têtes, qui la mène vers un monde de la nuit sulfureux.

Des réminiscences nous dévoilent une version passée d’elle-même qui a vécu de terribles violences sexuelles. Elle semble dissociée de cet enfer lointain, mais il revient la hanter dans cet univers festif nocturne, reflet de ces traumas qui déclenchent finalement une réponse émotionnelle dramatique en elle. Alarmée par ses vieux démons, souvenirs de son ancienne relation amoureuse toxique, elle finit par trouver salut et vengeance, telle Medusa, grâce à une force intérieure inextinguible. Lilith finit par atteindre un nouvel Éden fait de volupté et de saphisme salvateur.

Les multiples allusions bibliques et mythologiques ajoutent ici une résonance inédite à des violences aux diverses facettes vécues par les femmes. Dans la tradition juive tardive, Lilith apparaît en effet comme une première femme d’Adam, rebelle et indépendante, qui refuse la soumission et quitte le paradis. Dans la Bible, elle n’est mentionnée qu’indirectement, associée à un démon nocturne. Les récits médiévaux en font ensuite une figure rebelle démoniaque liée aux dangers de la nuit et de la sexualité, symbole ambivalent de féminité indomptable. Elle est démonisée par la tradition religieuse et réinterprétée plus tard comme figure d’émancipation et de révolte contre l’ordre patriarcal.

Le film transforme ainsi la chute de Lilith en renaissance. De son trauma naît une puissance insoumise, où désir et sororité recomposent son corps blessé qui n’est plus une proie.