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PLUS FORTS QUE LE DIABLE

Affreux, sales et méchants

Rien ne dépasse du quotidien pépère d’Alice (Marine Vacth) et Joseph (Harpo Guit), un couple embourgeoisé d’altermondialistes promigrants, entre manifs et distribution de nourriture aux démunis. Tout dans leur vie est carré, propre, calculé au cordeau. Mais un beau jour, ils tombent par hasard dans la rue sur Valentin (Melvil Poupaud), le père de Joseph, après vingt ans de silence radio. Et là, c’est le choc. Car Valentin est l’antithèse de son fils : semi-clodo, fauché, ivrogne, accro à la fumette, imprévisible, et surtout spécialiste des plans foireux, il prétend « ne plus vouloir participer à ce monde capitaliste » - phrase prétexte pour cacher le fait qu’il ne sait rien faire de ses dix doigts. Avec sa bêtise contagieuse et ses mauvaises fréquentations, cet assisté professionnel va entraîner le joli couple dans une véritable descente aux enfers qui ne laissera personne indemne…

Car Valentin, qui passe ses journées à se droguer dans une ruine de caravane qu’il squatte, est déjà embarqué (bien malgré lui) dans un complot maléfique : son meilleur ami, JP (Nahuel Pérez Biscayart), un crétin patenté dont le nombre de neurones se calcule sur une main, fait partie d’un gang qui pratique le trafic d’êtres humains. Avec Mila (Asia Argento), leur meneuse, nostalgique du Troisième Reich, et Gigi (Raïka Hazanavicius), qui a une conception très personnelle du féminisme (« la pénétration est une forme de colonisation »), ils kidnappent des jeunes femmes pour les livrer à de mystérieux commanditaires. C’est décidé : la belle Alice sera la prochaine victime du quatuor. Elle est enlevée et enterrée vivante en attendant la livraison. Mais la jeune femme, poussée à bout, ne compte pas se laisser faire…

Cela fait 17 ans que nous n’avions pas de nouvelles de Graham Guit (Le Ciel est à nous, Les Kidnappeurs, Le Pacte du silence, Hello Goodbye). Entretemps, ses fils, Harpo et Lenny, s’étaient lancés dans la mise en scène en duo, avec les déjantés Fils de plouc et Aimer perdre. Plus forts que le diable est une histoire de famille puisque Harpo joue ici l’un des rôles principaux. Graham, quant à lui, semble heureux de réinventer son style, signant un retour aux affaires en fanfare avec un trip rock ’n’ roll et décalé qui n’a jamais peur d’en faire trop : rythme frénétique, rebondissements à foison, morts accidentelles, violence agressive, gags à gogo… le cinéaste s’en donne à cœur joie dans ce genre nouveau pour lui, semble-t-il inspiré par le travail de ses fistons : la comédie trash, bête et méchante, doigt d’honneur au conformisme ambiant. Une comédie burlesque sur le trafic d’êtres humains ? Il fallait oser !

Le résultat est une série Z inégale, mais décomplexée dans sa violence et sa vulgarité complètement assumées, qui se termine en jeu de massacre. L’affiche du film annonce d’ailleurs la couleur d’emblée avec un : « SPOILER : ça finit mal ! ». Certes, il faut avoir envie de suivre jusqu’au bout ces personnages indéfendables et complètement déglingués, dont la bêtise crasse pourra lasser. Mais de la scène d’ouverture, où Marine Vacth (géniale en contre-emploi total, avec ses cheveux gras) humilie un dragueur lourdaud dans un bar, en passant par les délires gore d’un final hilarant, on rira de bon cœur à certains gags au mauvais goût fièrement revendiqué, notamment lorsqu’Asia Argento retire son t-shirt, révélant ainsi ses tatouages : une croix gammée flambant neuve sur le bras et un portrait d’Adolf Hitler sur le ventre, qui – elle le soutient mordicus – ne sont rien d’autre qu’un symbole thaïlandais populaire là-bas et le portrait de son oncle Walter… Faisant souffler un vent de folie bienvenu sur un cinéma français trop sage, Plus forts que le diable s’avère parfois épuisant, mais son énergie à jeter des personnages irrécupérables dans des situations inextricables, jets de sang à l’appui, ne pourra que conquérir un public (comme celui du BIFFF) déjà tout acquis à sa cause.