Pour appréhender le mieux possible cette œuvre, présentée lors du BUT Film Festival, il faut d'abord comprendre le dialogue qui s'est noué entre les deux créatrices. Dans ses installations plastiques, Romina Remmo tisse, coud et brode la mémoire et la féminité. Deux thématiques qui lui sont chères. Dans Portrait du désir, la caméra de Nina Degraeve, dont l’actrice principale n’est autre que Romina, vient s'emparer de cette matière intime pour la prolonger. Le fil se fait corde, et la couture fait place aux rituels japonais d'entraves corporelles du Shibari. Le désir, thématique principale du travail de la plasticienne, prend vie sous nos yeux dans une valse sensuelle et colorée.
Tout commence dans une pièce jaune à l’esthétique surannée (sorte de salon des années 70), où une femme à la chevelure rouge coud devant un téléviseur en noir et blanc. Soudain, les rêveries s'invitent, et la couleur devient le vecteur des fantasmes. Des tons verdâtres engloutissent l'écran lors d'un travelling vrillé qui nous perd dans les méandres d'un long couloir, semblent symboliser l'espace transitionnel du désir. Nous voilà dès lors dans un espace bleuté où l’artiste prend sa douche, ravivant immédiatement le souvenir de la mythique scène du Psychose d'Alfred Hitchcock, pour finir dans une chambre tapissée d'un rideau de velours rouge sang convoquant directement l’angoissant tissu de la Black Lodge de Twin Peaks.
Au cœur de cette folie, la souffrance et la séduction, incarnées par une femme ligotée qui parvient à briser ses chaînes (ici, des cordes) se côtoient, entre étreinte charnelle et féminicide. Pour mettre en scène cet érotisme toxique, le travail indispensable de Melina Stinson, coordinatrice d'intimité, a permis aux interprètes — Romina Remmo et Jérôme Hauptman — de s'abandonner pleinement dans ces jeux de pouvoir extrêmes tout en garantissant un cadre de travail éthique et sécurisant.
Portrait du désir s'achève sur cette femme rousse qui ferme brutalement la porte au nez de la caméra. Par cet acte, elle nous empêche, nous voyeurs, de continuer à la consommer visuellement clôturant par là même la réflexion de Nina Degraeve et Romina Remmo autour du corps (de la femme) créateur.