Le stop-motion donne au récit une texture presque funéraire. Les mouvements rigides des personnages rappellent les figures du cinéma expressionniste allemand, comme si les corps eux-mêmes étaient prisonniers d’une malédiction. Les décors sombres, les ombres épaisses et les peintures abstraites qui recouvrent les murs traduisent l’état psychique du peintre. L’art devient ici une extension de sa folie.
Lorsque le chat guide l’épouse jusqu’au garage où se cache l’atelier de son mari, le film bascule pleinement dans le cauchemar gothique. La réalisatrice joue intelligemment avec le hors-champ et le mystère : le film ne cherche jamais à tout expliquer. Le peintre est-il victime d’une malédiction liée à ses portraits ou un artiste consumé par une pulsion meurtrière ? Cette ambiguïté nourrit toute la puissance du court-métrage.
Au-delà de son esthétique horrifique, Portrait parle surtout de possession et d’enfermement. Les femmes peintes deviennent des objets figés, privées d’existence propre. En quelques minutes seulement, Diane De Vos construit une œuvre macabre et élégante où chaque image semble déjà hantée par la mort.