Couverture de l'article Red Elephant d'Iqran Rasheed

Red Elephant d'Iqran Rasheed

Quelque part en Belgique, un lieu sûr pour des réfugié.e.s LGBTQIA+ à qui on explique la procédure de demande d'asile. Ce court-métrage programmé au Pink Screens Film Festival démontre dans un magnifique Noir & Blanc la lourdeur et la longueur de cette procédure.

Avec des plans fixes sur les demandeur.se.s d'asile, on nous explique qu'une demande de refuge exige une narration. Il s'agit de raconter son histoire depuis l'enfance, de manière chronologique et d'expliquer comment et pourquoi, en fonction de son orientation sexuelle ou son identité de genre, on a été discriminé.e dans son pays d'origine. Comment prouve-t-on son homosexualité devant les responsables qui vous attribuent ou non un titre de séjour ?

Le film se concentre sur le portrait d'un jeune réfugié gay pakistanais. Un plan récurrent où il apparaît assis sur une chaise dans la pénombre permet à ce court-métrage de trouver une respiration. En voix off, il s'adresse à sa mère et raconte son rêve d'un éléphant rouge. On assiste aussi à son entretien avec l'administration qui devra émettre un avis sur sa demande d'asile. Comment se présenter en tant que gay ou lesbienne devant des agents institutionnels qui ont parfois des idées préconçues sur l'orientation sexuelle ? Il faut pouvoir être qui on est vraiment tout en devant jouer un certain rôle, accentuer les traits pour correspondre aux stéréotypes qui traversent la société.

Le langage cinématographique est très varié et riche pour étoffer ce qui n'aurait pu être que de simples paroles. L'utilisation des fondus sur les visages montre à merveille la fluidité des identités. Il s'agit d'une exploration fine et pleine d'intelligence de situations dramatiques et parcours souvent traversés de peines et de douleurs.