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Resonance de Lex Monty

Dans le court-métrage étudiant Resonance, Lex Moteny s’attarde sur le quotidien d’un aveugle qui a pour particularité, et proche en cela des chauves-souris, de percevoir son environnement par le truchement de l’écholocalisation.

L’une des qualités de l’animation réside en son pouvoir d’abstraction, de prise de distance à l’égard des codes de la réalité physique pour déployer une réalité toute symbolique, toute métaphorique, voire toute synesthésique, comme Lex Moteny nous donne à l’observer dans Resonance. Il nous invite en effet à transgresser les frontières et nous fait voir ce qui ne peut ordinairement pas être vu, et ce grâce à une représentation visible de l’invisible. Ce film de quelques minutes à peine n’a donc de modeste que sa longueur, puisqu’il touche aux extrêmes limites de ce que l’animation est capable de figurer.

Il nous met ainsi dans la peau d’une espèce d’homme chauve-souris, nous faisant voir et ressentir ce que lui voit à travers les sons et également prendre conscience de ce qu’est d’être aveugle. Les traits ne signifient donc plus vraiment ce qui est perçu par la personne que l’on suit, mais bien plutôt matérialisent une approche de ce qu’elle est en train de recevoir du monde qui l’entoure. Le trait brouillé de sa silhouette symbolise ainsi sa proprioception, la sensation de sa propre présence dans l’espace. Lorsqu’apparaît distinctement tel objet, comme une poignée de porte, ce n’est jamais rien de plus qu’une représentation approximative équivalant à la prise de conscience tactile et auditive de cet élément dans l’espace extérieur à son corps. À partir de là, lorsque l’on suit le héros anonyme au quotidien, dans ses difficultés et ses moments de grâce, c’est à travers la restitution symbolique la plus fidèle possible de l’impression d’évoluer dans un espace vierge pourtant grouillant de présences diffuses qui de nulle part peuvent à tout moment heurter, bousculer, désorienter, déboussoler. Même son pouvoir d’écholocalisation ne permet pas tout à fait de s’en sortir, puisque dans les espaces les plus peuplés tout se brouille de traits griffonnés et chaotiques, de bouts de phrase qui s’entrechoquent et se brisent entre eux, de mouvements contradictoires s’entremêlant dans la plus grande confusion. Seule, finalement, une présence permet de retrouver un ancrage dans ce qui apparaît comme une sorte de chimère à mille têtes et à mille voix où il est difficile de savoir à qui parler. Une présence avec qui s’entendre, une présence que l’on peut enlacer, avec qui l’on peut raisonner et résonner tout à la fois et qui peut alors s’assimiler à un port où l’on s’arrime après avoir traversé la tempête.

Le défi est donc relevé avec brio. Resonance de Lex Monty parvient avec talent à esquisser une version vraisemblable de la vie d’un aveugle dans ses différents aléas, c’est-à-dire avec poésie, sensibilité, finesse, par un dessin sobre, mais qui parvient pleinement à incarner son sujet.