Quand Marie demande à Manu si un de ses potes lui a déjà confié avoir violé quelqu’un, il répond par la négative : « J’ai de la chance, mes potes ne sont pas comme ça ! » Quels hommes sont donc « comme ça » ? Qui admet ouvertement avoir commis un viol ? Certains hommes sont-ils conscients d’avoir commis une agression ou sont-ils tous aveuglés par leur propre « désir » au point de transformer la réalité pour y voir ce qui les arrange ? Impossible de regarder ce film sans que surgissent ces questions.
En plus de ces six amis, Marie confronte au téléphone un homme qui, lui, n’a pas respecté son consentement. Lorsqu’il doit l’admettre grâce au courage de la réalisatrice qui lui rappelle les faits tels qu’ils se sont vraiment passés et non comme lui affirme les avoir perçus, il va jusqu’à répondre : « Maintenant que tu me racontes ça, mon souvenir est entaché. » Après un viol, la victime doit-elle donc porter, en plus de l’agression qu’elle a subie, la culpabilité de mettre le responsable face à ses actes au risque de ternir le souvenir d’une nuit agréable… pour lui ? Doit-elle lui parler avec douceur pour éviter qu’il se froisse et coupe la conversation ?
Une question de domination
Marie Mc Court soulève plusieurs enjeux essentiels dans ce documentaire qu’elle porte avec force et dignité. L’éducation des jeunes garçons réalisée la plupart du temps par le porno. Faut-il rappeler que cela reste du cinéma, de la mise en scène avec des acteur·rice·s professionnel·le·s ? Quand on regarde Spider-Man, on ne tente pas de sauter de fenêtre en fenêtre le lendemain… La banalisation de la violence lors des rapports, qui découle certainement de ces films, mais pas seulement. Il s’agit en réalité de domination plutôt que de désir, de violence plutôt que de sexualité. Comme le dit un slogan féministe, si tu te prends un coup de pelle, tu n’appelles pas ça du jardinage ! Autre question abordée par le documentaire : faut-il se sentir concerné personnellement pour être touché par une agression, par un ressenti ? « Ça me choque parce que je te connais. Mais si je ne te connaissais pas, ça ne me choquerait pas tant que ça », explique très honnêtement Jarod quand Marie lui fait écouter son échange téléphonique avec son agresseur.
Pourquoi un « non » ne suffit-il pas ?
La deuxième partie du film, où Marie fait écouter aux six hommes sa conversation avec son agresseur, est la plus pertinente. Cet agresseur n’a vu – ou n’a voulu voir – aucun signe, il n’a respecté aucun mot prononcé par Marie pour l’arrêter alors qu’elle avait été très claire : ce soir-là, elle ne souhaitait rien de sexuel. Pour lui, c’était une bonne soirée avec un rapport consenti. On découvre aussi comment le discours de certains amis change peu à peu, passant de « Le consentement c’est fondamental, non c’est non ! » à « Mais tu l’avais invité chez toi donc c’est cinquante-cinquante, tu es en partie responsable de ce qui est arrivé… »
Pourquoi dire non, ne suffit-il pas ? Pourquoi sont-ce encore et toujours les femmes qui doivent être prudentes, se méfier, ne pas prendre de risques ? Pourquoi est-il si difficile pour de très nombreux hommes de s’assurer du consentement enthousiaste de leur partenaire ? Et pourquoi les victimes d’agressions sexuelles sont-elles si peu entendues et respectées ? Rappelons qu’en Belgique, seulement six pour cent des femmes victimes d’un viol font une déposition auprès de la police. Plus de la moitié des dossiers pour violences sexuelles seront classés sans suite, et moins d’un pour cent des plaintes déposées aboutissent finalement à une condamnation. * Dans une société où règne la culture du viol, la plupart du temps on ne croit pas les victimes. Pire, on retourne volontiers les accusations contre elles.
Marie Mc Court rappelle grâce à ce film réalisé avec justesse et courage l’importance vitale de l’éducation sexuelle des jeunes garçons, mais aussi du respect du consentement. Pour que les femmes, un jour, n’aient plus à se méfier ni à porter cette charge constante du « Fais attention à toi ! » Et pour qu’un jour, ce slogan devienne enfin réalité : « Violeur, on te voit ! Victime, on te croit ! »
* « Porter plainte des années après : les coulisses des enquêtes pour violences sexuelles », Le Soir du 24/7/2026.