Le film a connu sa première mondiale au Festival international du film de Rotterdam (IFFR) en 2026, dans le cadre d'un focus consacré au collectif. Il entrelace images d'archives et témoignages d'activistes et de survivants de violences commises en vol. Il rend un tribut direct à Baudouin Pandikuziku et rappelle le rôle de la compagnie dans les déportations forcées. Cette mémoire est mise en balance avec des questions très concrètes : le budget, la portée d'un message, le risque de servir au blanchiment d'image d'une entreprise.
Le Collectif Faire-Part, né en 2016, raconte depuis près de dix ans Kinshasa, Bruxelles et les liens complexes entre les deux. Son travail s'oriente de plus en plus vers les structures de pouvoir et la résistance collective. Ici, le dispositif se retourne sur lui-même. La réflexivité devient un véritable outil de cinéma : le film ne commente pas le débat, il en est la matière. On entend les voix se croiser, les désaccords, les silences, ce que chacun porte de personnel dans la décision. À l'écran, on lit les extraits des échanges entre le collectif et la compagnie, dans leur politesse administrative, et cette langue lisse pèse plus lourd que n'importe quel commentaire. La parole n'est jamais arrangée en conclusion. Elle reste en vol, suspendue, comme le dilemme qu'elle porte.
Puis vient un fragment de lettre, celui de la fille de Baudouin après sa mort, quelque temps après l'incident dans l'avion. Le débat sur la stratégie se heurte soudain au deuil récent. Rien n'est souligné, aucune musique ne vient chercher nos larmes. Cette lecture suffit à rappeler que derrière la question « faut-il accepter ? » se tient un corps, une famille, une histoire qui n'est pas négociable.
Visuellement, tout se joue autour de l'avion. Le cadre reproduit la forme des hublots, fenêtres étroites ouvertes sur un monde qu'on regarde de haut et de loin. Puis surgit l'avion en papier, objet d'enfance, insouciant, léger. Le film lui donne une tout autre dimension : il devient le mirage de cent ans de mensonge, le symbole d'un récit lisse qui détourne la véritable histoire entre la Belgique et la République démocratique du Congo. Ce qui plane comme un jeu porte en réalité la promesse trompeuse d'un voyage sans mémoire. C'est la force de cette économie d'images : peu d'éléments, mais une charge symbolique qui change de sens à mesure que le film avance.
What We Said to Brussels Airlines ne livre pas de verdict. Il laisse le spectateur dans la cabine, ceinture bouclée, face à la question que le collectif s'est posée : que fait-on de sa mémoire quand l'héritier de l'ancien système vous tend le micro ? Et si la réponse, quelle qu'elle soit, était déjà une manière de voler sous un pavillon qui n'est pas le nôtre ?