Cette conciliatrice, c’est Andrea (Kristien De Proost), le grand amour de jeunesse de Horst. Et si ce dernier a du mal à se rappeler de ce qu’il a fait cinq minutes plus tôt, il y a un souvenir qui n’échappera jamais à sa mémoire : celui du jour lointain où il a trouvé Andrea en plein ébats avec Franz !... Au fil du temps, entre les deux frères, cette rivalité amoureuse a laissé la place à une impasse émotionnelle, à une hostilité si tenace qu’elle en devient absurde, comique même. Aujourd’hui, leurs retrouvailles réveillent de vieilles blessures à propos de leurs défunts parents (Yoann Blanc et Edwige Baily, en flashbacks), notamment leur mère, disparue sans laisser de traces lors d’un voyage à Lourdes… Une réconciliation tardive est-elle encore possible ?
Kat Steppe (créatrice de la série Taboe), qui signe ici son premier long, aborde un sujet ô combien sensible (la démence) en mélangeant fiction et approche documentaire, tentant de trouver l'équilibre entre la beauté et la tension, le drame et l'humour. Elle part d’un postulat simple : « entre un souvenir et la réalité, il y a un gouffre » ; et la mémoire est mouvante et imparfaite – pour Horst, elle est un puzzle. La réalisatrice livre ainsi une réflexion sur les souvenirs et le pardon, agrémentée des interventions des autres patients de la maison de repos qui, eux, ne sont pas dans une fiction. En effet, le film a été réalisé en étroite collaboration avec OLV Anvers, une maison de repos qui accueille des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ce sont donc de vrais patients, mais aussi des membres du personnel soignant, qui côtoient les deux acteurs principaux et dont la vie s’entremêle au récit, de manière souvent poignante.
À l’instar de The Father, dans lequel Anthony Hopkins souffrait de la même maladie, la réalisatrice joue sur des effets de montage qui brouillent les limites temporelles : les acteurs qui jouent Horst et Franz enfants sont parfois remplacés par leurs versions âgées dans le même plan, aux côtés de leurs parents plus jeunes. Des réminiscences du passé surgissent subitement dans le quotidien de Horst (il a des conversations avec son père), amplifiant le chaos qui règne dans son esprit. Dans ce rôle difficile, Josse De Pauw fait preuve d’une subtilité impressionnante, entre regards fuyants, frustrations fréquentes et tristesse insondable. Peter Van den Begin n’est pas en reste : si, dans la première partie, l’acteur s’en donne à cœur joie en crapule dénuée de toute morale et dont les raisons de la méchanceté restent ambiguës, le climax nous montre un Franz plus apaisé, accablé par le remords et pris soudainement d’une certaine tendresse pour son frère (quasi) absent.
Faisant preuve d’une grande sensibilité, Kat Steppe signe une tragicomédie tantôt tendre, tantôt cruelle, mais surtout, toujours imprévisible.