Fragments d'une oeuvre Patric Jean
Synopsis
3 films de Patric Jean
Patric Jean est un insurgé, ce qui est beaucoup plus rare qu'on ne l'imagine dans le paysage très lisse du documentaire social actuel, en dépit de la volonté manifeste de nombre de ses représentants de dresser un état du monde aussi complet et objectif que possible.
Plutôt que de se laisser guider par un « scénario » préétabli, il semble s'être fixé une autre règle : traquer sans relâche, au gré de pérégrinations savamment ciblées, la misère et la faim qui se cachent, la cécité du monde devant le malheur, la surdité sociale des élus et des élites, et toutes les aliénations ordinaires que souvent ceux-là même qui les subissent ne font que pressentir très confusément et que seul un œil — et une conscience — extérieurs sont à même de débusquer.
Les images sont des persiennes de fer, écrivait Moravia pour stigmatiser le pouvoir de manipulation du cinéma : avec Patric Jean, la détresse du monde nous explose en pleine figure. Il poursuit et honore la tradition du documentaire belge de combat, celle d'Henri Storck, de Luc de Heusch, de Frans Buyens, de Paul Meyer, celle de l'âpreté, de la rudesse, du refus délibéré de séduire, celle même qu'Hugo Claus a si bien traduit dans son Chagrin des Belges.
(Emmanuel Leclercq, extrait du livret)
3 films de Patric Jean réunis au sein d'un coffret DVD :
Les Enfants du Borinage - Lettre à Henri Storck
Après la vision de Misère au Borinage de Storck et Ivens, je décide de retourner au Borinage, lieu de mon enfance, pour écrire une lettre-film à Henri Storck à propos de la misère sociale qui s’est perpétuée jusqu’à mon époque. Faux candide, je découvre, dans les quartiers les plus pauvres, les conséquences les plus ignobles de l’horreur économique. Jour après jour, ma lettre fait découvrir une réalité de plus en plus brutale, parfois insoutenable. Elle tente de lever le voile sur un système social et économique qui justifie la misère totale ou, pire, la dissimule. La juxtaposition des images de 1933 et d’aujourd’hui est parfois saisissante. Pauvres de génération en génération, les personnages sont des "désaffiliés": pauvres parce qu’inutiles à l’intérieur d’une société qui n’a plus besoin de leur main d’œuvre non qualifiée, ils sont tout simplement oubliés. Leur misère est avant tout intellectuelle, leurs enfants se retrouvent souvent dans des écoles pour handicapés mentaux légers parce qu’ils ne sont pas stimulés par leur milieu. D’autres ne vont pas à l’école du tout. Privés d’éducation et d’instruction, les générations se suivent et perdent jusqu’à leur capacité de revendiquer. A force d’être méprisés, ils se méprisent eux-mêmes. Ils souffrent en silence dans une violence de tous les jours.
Au lieu de combattre la pauvreté, on combat les pauvres. L'Europe : ses quartiers riches et ses banlieues de misère où se généralise la "tolérance zéro". On construit une prison quand on ferme une usine. Les pauvres en général et les jeunes issus de l'immigration en particulier sont l'objet de toutes les peurs. Passant de l'autre côté du miroir et brisant les clichés, le film les montre dans leur humanité, dans une rue, une prison, un tribunal ou une cave de cité, avec leurs émotions, leurs envies, leurs peurs et leur désespoir. Loin d'une image de la démocratie européenne où tous ont leur chance, le film, prenant à témoin la France et la Belgique, offre un regard critique et émouvant sur une société parfois sordide et brutale, la nôtre. Quelle drôle d'époque ! Que sommes-nous en train de faire ? Avons-nous perdu la raison ?"
D'un mur l'autre - De Berlin à Ceuta
De l’ancien mur de Berlin à la nouvelle clôture de Ceuta en terre africaine, ce road-movie nous fait traverser l’Europe. Quatre frontières au moins mais un seul axe : une société métissée, multiculturelle riche de ses diversités en dépit de ses traditions de rejet.
+ 1 livret de 24 pages incluant un texte de Emmanuel Leclercq, Directeur du cinéma Le Méliès de Pau, Président des Écrans citoyens et collaborateur de la revue Positif.
L'équipe belge
Patric Jean