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Roland Lethem

Roland Lethem

Métier : Réalisateur, Scénariste

Adresse : 21, avenue d'Août

Ville : 1200 Bruxelles

Pays : Belgique

Tél : +32 2 734 49 66

Email : Cliquez ici

Galerie photos

Filmographie

Le Petit bonhomme vert

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Fiction
2013
 
Pilate 53

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Fiction
2013
 
Fantaisie sur la fin du monde

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Fiction
2010
 
Gourmandises

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Fiction
2005
 
Lili au lit

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Fiction
2001
 
Bon Appetit

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Fiction
2000
 

Le déclic...

Roland Lethem

Ceux qui ont peur ferment les yeux !"

Chaque fois que le terrifiant vieillard assassiné au début du film réapparait sur l'écran avec son impressionnante barbe blanche, le directeur du pensionnat relance avec sa voix lugubre : "Ceux qui ont peur ferment les yeux !"
- "Dis, Roland, tu me dis quand je peux regarder, hein", me souffle mon petit voisin rajoutant, les yeux enfouis derrière ses mains ouvertes : "Pas me faire de blague, hein dis !" Puis, au moment le plus fort, peu avant la fin, le directeur coupe la projection et crève nos yeux en éclairant la salle : "Ceux qui ont peur peuvent sortir !" La moitié des gosses se ruent dehors. Le noir revient. Le film se déroule enfin sans interruption alors que de l'autre côté de la grande porte-fenêtre, des grappes de gamins s'agglutinent contre la vitre pour voir la fin, malgré tout... J'avais dix ans et moi aussi, ce soir-là, j'ai eu peur. Déjà à cet âge-là, ça me faisait plaisir, la peur. C'était la Ferme aux loups, l'une des premières apparitions de Martine Carol, un film de Richard Pottier. Bonne chance si vous trouvez quelqu'un qui l'a vu ou qui s'en souvient ! Telle fut ma première aventure marquante avec ce dragon monstrueux qui crache des images visuelles et sonores, qui terrorise des tas de gens à la même seconde, faisant fuir les uns tout en enchantant les autres. Peu après, lors de mes visites dominicales à Rebecq, Marcel Mary m'a ouvert à l'ambiance des années 30 en m'invitant dans sa salle. Avec son public criant d'enthousiasme pour les serials à épisodes programmés en complément du grand film. Heureux public des années 50 qui n'avait pas perdu sa fraîcheur d'avant-guerre ! Le cinéma, ce merveilleux virus, m'avait terrassé. Cet art de manipulation allait me conquérir définitivement le jour de mes quatorze ans, avec le cadavre de Paul Meurisse et ses yeux blancs, exhorbités, qui remontait à la surface de sa baignoire pleine... Ah ! les Diaboliques... Etre celui qui tire les ficelles, être le maître du jeu... Etre celui qui chatouille la salle ou l'exaspère. Etre celui qui tire les cordes du rire et de la peur, qui excite fantasmes et inhibitions, qui tord le cou au sinistre quotidien... Jouer... jouer avec les spectateurs... Les faire vibrer... Provoquer plaisir, dégoût, états d'âmes... Susciter des réactions intimes ou exercer le rôle du détonateur... Le cinéma a montré que sa puissance est sans limites, que tout est possible. Tout ! Encore faut-il avoir les moyens de s'en servir.

Roland Lethem