Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 1998
01/03/1998
Mots-clés : festival
 

17ème ÉDITION FESTIVAL DU DESSIN ANIMÉ

Tout un monde
La programmation de ce 17ème festival, particulièrement dense, aura été suivie par plus de 36.000 spectateurs. Un succès qui n'est pas venu par hasard, mais représente le fruit d'un travail de sélection de grande qualité et le reflet du dynamisme de ce segment particulier du monde de l'image. Un monde qui concerne chaque année davantage de jeunes professionnels de l'audiovisuel et de cinéphiles plus ou moins avertis. Ce festival bénéficie aussi d'un intérêt sans cesse croissant de la part de l'industrie du cinéma.

Le pitoyable Hercule a ainsi encouragé la concurrence des autres majors hollywoodiens qui, cette année présenteront tous un grand dessin animé classique. (la Warner avec Excalibur, UIP avec le Prince of Egypt de Dreamworks, et Columbia avec Anastasia de Don Bluth,Peccato présenté en ouverture du festival et actuellement en salles). Les films mixtes, mêlant des images animées aux images traditionnelles, se multiplient également. Deux des moments phares du festival cette année leur furent d'ailleurs consacrés. Le décoiffant Mouse Hunt de Gore Verbinski démontre une fois de plus que la valeur n'attend pas le nombre des centimètres, et Joe's Appartment, le désopilant premier long métrage de Bob Payson, vous dévoile le prodigieux spectacle de plus de 3.000 cafards sarcastiques qui chantent et dansent comme autant de Gene Kelly et Ginger Rogers (ah ! refaites-moi les "bathing Beauties" dans la cuvette des WC !). Un autre grand moment fut la projection du dernier opus de Bill Plympton, I Married a Strange Person. Nonsense façon Mad Magazine, voilà de l'humour caustique, intelligent, décapant. Gniark ! Gniark ! Enfin, par ses conférences de 18h30, le festival se fait également le reflet d'un troisième aspect de l'animation : l'image de synthèse utilisée comme générateur d'effets spéciaux.
Mais pour nous, le festival du dessin animé, c'est l'opportunité de faire le point sur l'animation dans le cinéma belge. Peccato de Manuel Gomez a assuré la présence nationale sur le plan du long, mais l'attention particulière des organisateurs s'est toujours davantage portée vers le court métrage. Et en ce qui concerne nos compatriotes, deux programmes leur étaient spécialement consacrés.

Écoles
La première de ces séances, dévouée aux jeunes animateurs belges, fait la part belle aux travaux des élèves et anciens élèves du KASC et de l'ENSAV, les deux écoles de cinéma d'animation que le monde nous envie (encore). Une fois de plus, Pic Pic André Shoow, le deuxième, de Stéphane Aubier et Vincent Patar a fait les délices des spectateurs (Eh, les gars, grouillez-vous pour le troisième, on bout d'impatience !). Et quand les abonnés, chargés de désigner deux des quatre nominés au cartoon d'or '98, portent leur choix sur deux des plus beaux fleurons de l'animation récente de nos contrées, on applaudit à tout rompre. L'adorable petit curé de Corinne Kuyl (Marie) et l'animation Durobor de Dan Wiroth (Fragile) iront donc défendre leurs chances à Arles, tous nos voeux les accompagnent. Cinergie avait déjà remarqué ces trois films, qui vous ont été présentés dans notre précédent numéro.

Inédit
Arthur, inédit de Guionne Leroy sur une musique de Purcell, était impatiemment attendu. Le Chevalier Arthur voyage dans la grande forêt. Mais il s'égare, son cheval s'enfuit et il a de plus en plus de mal à se mouvoir face aux éléments qui semblent se liguer pour le pousser dans une direction bien précise, celle d'un mystérieux manoir. En pâte à modeler, à l'aide d'un personnage à la plastique épurée, Guionne Leroy raconte en quatre minutes une histoire dans laquelle la nature prend vie et impose sa volonté propre au voyageur égaré. Réalisation limpide, et belle démonstration technique.
Enfin, l'Arbre de Julie de
Christelle Coopman nous a beaucoup ému. Julie est une toute jeune fille faite pour aimer la vie, mais elle est derrière les barreaux. On ne sait pas pourquoi mais on sait que c'est pour longtemps. Dans sa cellule, elle va planter un arbre auquel elle accorde tous ses soins, dans lequel elle place ses rêves et ses espoirs. L'arbre va grandir et devenir un formidable moyen d'évasion, mais une fois venue l'heure de sortir, n'est-il pas déjà trop tard ? Sur ce sujet, les esprits blasés peuvent bien fredonner "Auprès de mon arbre, je vivais heureux", il n'y a pas de sensiblerie dans la manière de Christelle Coopmande raconter son histoire, juste beaucoup de tact et de sensibilité, reflétés d'ailleurs par le dessin gracile et précieux. Cet arbre est une fleur fragile à apprécier avec les yeux du coeur.

Servais
La deuxième séance belge du festival était consacrée à Raoul Servais. On pourrait croire qu'on ne le présente plus, mais si. Le Magicien d'Ostende est le titre d'un documentaire de Gilles Durand, Hermine Cognie et Caroline Barraud tourné autour de la personnalité de Servais, alternant séances d'entrevues et extraits de films. Cet intéressant travail était présenté en avant-première du nouvel opus du maestro de l'animation belge : Papillons de nuit.Papillons de nuit
Le film est réalisé entièrement en servaisgraphie, procédé inventé par le cinéaste et consistant à introduire des personnages réels dans des décors peints. Il présente ainsi de véritables peintures animées. Taxandria avait largement bénéficié de cette technique qui lui confère cette ambiance si particulière, et il paraissait logique de la reprendre dans un film voulu par Servais comme un hommage aux peintres surréalistes de Belgique, et notamment à son ami Paul Delvaux. La mise en image de l'univers du maître de Huy est criante de vérité dans cette histoire féerique où les personnages du tableau, au départ figés, s'animent petit à petit et hantent passagèrement une gare imaginaire jusqu'au passage du train de nuit. L'artiste Servais, créateur perfectionniste habité d'une poésie intense, exprime sans retenue toute l'affinité qu'il éprouve pour l'univers du peintre et ses thèmes récurrents (les trains et les gares, les jeunes filles hiératiques à la poitrine dénudée, le temps qui passe). Fait rare, le film capte parfaitement l'étrange beauté, la douce folie de l'univers du peintre. Un must dans le parcours de tout amateur d'art et de tout cinéphile passionné par la création.

Enfance

Animation d'Alice L., 11 ans

Enfin, il est hors de question pour nous de quitter le festival sans mentionner la place qui était consacrée au travail de trois associations belges qui réalisent, avec des enfants, des films d'animation. Il s'agit de Zorobabel et de Graphoui à Bruxelles, de Caméra enfants admisà Liège. Avec des enfants de tous âges, de toutes origines géographiques et sociales, en Belgique, mais aussi en Afrique ou à Sarajevo, ils réalisent de petites perles où l'inventivité, l'imagination, la fraîcheur spontanée des enfants font merveille et font aisément oublier le petit côté bricolé du produit fini, inhérent à de telles activités ludiques. On leur adresse un vibrant bravo pour avoir mis la culture dans la rue et l'animation à la portée des enfants. Bon sang, il faut que les gosses expérimentent un rapport à l'image. Vu à hauteur d'un enfant de huit ans, la télé et le cinéma sont une réalité quelque peu mythique, mitonnée loin au-dessus des têtes dans des sphères inaccessibles et qui doit se consommer sans qu'il puisse avoir voix au chapitre. Leur faire sentir qu'il s'agit en réalité de choses humaines, tangibles qui peuvent, qui doivent se regarder avec un élémentaire recul critique est essentiel. Tous nos encouragements, donc, à ceux qui font approcher cette élémentaire vérité.

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