Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2005
01/02/2005
 

Best Of Anima 1



De l'Australie au Japon, en passant par l'Europe, quelques-uns des temps forts de l'animation actuelle. Sélectionnés à Anima Bruxelles en 2003 et 2004, la plupart de ces films y ont été primés, en compétition internationale ou belge. Une anthologie décapante qui illustre la diversité des techniques et des sources d'inspiration.
Le DVD contient neuf courts métrages, agrémentés chacun d'une courte interview, d'une biographie, d'une filmographie et d'un autoportrait de son réalisateur. En bonus, nous y retrouvons également un reportage de quinze minutes sur le Festival Anima 2004.

Jan Hermann (2004, Atelier Collectif Zorobabel )

Grand Prix de la Communauté française de Belgique.
Une jolie parodie des reportages télévisés à l'aide de collages et de personnages en papier mâché. Le film nous narre, avec témoignages à l'appui, l'ascension et la déchéance de Jane Clark, une star hollywoodienne de l'époque du muet dont l'arrivée du cinéma parlant a brisé la carrière. Disparue, retombée dans l'oubli le plus complet, un cinéaste retrouve sa trace des années plus tard et l'on apprend que la star hollywoodienne était en fait… un homme, Jan Hermann.

Afin de parodier les reportages télévisés, Jan Hermann multiplie les formats (couleur / noir et blanc / images d'archives) et se remémore avec affection les destinées tragiques des vedettes du muet dont la carrière fut brisée par l'arrivée du son au cinéma. En bonus, l'apparition en guest star d'un Bernard Pivot en papier mâché…

Le Locataire (2003, Michel Lefèvre) Prix de la SACD.

Ce film homonyme du chef d'œuvre de Polanski partage avec ce dernier son humour décalé et très noir. Il nous plonge dans un univers glauque et malsain, aux formes expressionnistes, où de jeunes filles blondes sont kidnappées par une grand-mère qui les initie au cannibalisme avant de les assassiner. Michel Lefèvre déclare vouloir réaliser de petites histoires noires et cruelles au graphisme volontairement simpliste et maladroit, dans lesquelles le décalage apporte l'humour. Volontairement provocateur, son film provoque le rire jaune grâce à son humour noir.

Looking For Horses (2001, Anthony Lawrence)

Anthony Lawrence réalise à l'aide de poupées animées un drame allégorique et apocalyptique sur l'abandon de leurs enfants par un couple en pleine rupture. La donnée apocalyptique est très présente, notamment par la présence de lapins mourants (images émouvantes et effrayantes à la fois) et par la chaleur étouffante qui règne sur cette courte histoire.

Atama-Yama (2002, Koji Yamamura )

Cristal du Festival International du Cinéma d'Animation d'Annecy 2003.
Koji Yamamura est certainement un grand fan de son collègue américain Bill Plympton tant l'esthétique de son film rappelle les travaux de ce dernier. Yamamura nous raconte l'histoire d'un homme qui s'aperçoit un beau jour qu'un petit cerisier pousse sur sa tête. Le film nous montre la part d'absurdité présente en chacun de nous, une absurdité que l'on ne peut appréhender de manière rationnelle.

Moodswing (2003, Pierre Coudyzer )

Grand Prix de la Région de Bruxelles Capitale, Anima 2004.
Un père et son fils se retrouvent prisonniers d'une famille de psychopathes accros à la télévision. Pierre Coudyzer déclare vouloir susciter le malaise sans donner de réponses. Il y arrive ici grâce à une ambiance noire et bizarre dans laquelle les bruits de tronçonneuse qui découpent la chair humaine sont suivis de rires enregistrés sortis d'une sitcom. Moodswing se présente comme une dénonciation, humour très noir à l'appui du côté coercitif de la télévision, et des sitcoms en particulier.

Encarna (2003, Sam, E )

Petit bijou d'humour typiquement espagnol, Encarna raconte la journée de cauchemar et le petage de plombs d'une ménagère qui apprend le même jour qu'elle est cocufiée par son toréador de mari et que son fiston est néo-nazi. Tout ça ne serait rien si sa vieille mère infirme n'arrêtait pas de hurler, si le plombier n'était pas un rustre personnage et surtout, si la société du câble ne lui coupait l'alimentation au beau milieu de son feuilleton préféré. Notre ménagère, à bout de nerfs, va se transformer en une Rambo au féminin et faire un véritable carnage au sein de sa famille dans un final très drôle et très gore. Réjouissant… Réflexion burlesque et décomplexée sur l'usage de la violence gratuite au cinéma, le réalisateur nous lâche en guise de morale finale : " Le cinéma ne s'analyse pas, il s'apprécie."A méditer…

Desperado(2002, Yves Bex )

Grand Prix de la Région de Bruxelles Capitale, Anima 2003.
Un gamin sans un poil sur le caillou qui rêve de cow-boys et d'indiens est raillé par ses camarades de classe qui l'humilient régulièrement. Il se rend chez le coiffeur, espérant acquérir la longue coiffure de son idole Buffalo Bill. Malheureusement, tout ce que le coiffeur peut faire pour lui c'est lui faire cadeau d'une petite moustache postiche. Maigre consolation… Mais c'est sans compter sur une tribu d'indiens imaginaires qui vont scalper son institutrice pour lui offrir sa longue chevelure blonde. Une histoire drôle, nostalgique et cruelle.

Mr. J. Russel (2003, Wouter Sel )

Prix de la Sabam, Grand Prix Anima 2004 et Prix Cinergie 2004.
Petit chef d'œuvre d'humour de sept minutes, Mr. J. Russel semble s'inspirer fortement de l'esthétisme de la série méconnue de Tim Burton et Brad Bird Family Dog. Ici, un homme répond à l'appel de la nature en se transformant petit à petit en chien, avec bien évidemment tous les malentendus que cela entraîne, comme faire ses besoins dans le salon, renifler le derrière des passants et se satisfaire sur la jambe de sa compagne… Drôle, inventif, agrémenté d'une pointe de zoophilie, Mr. J. Russel est un petit moment de pur bonheur.

Butterfly (2003, Corin Hardy )

Grand Prix Anima 2004 du Meilleur court métrage d'animation.
Il a fallu cinq longues années au réalisateur britannique Colin Hardy pour mener à bien ce court de 27 minutes. Grâce à l'animation de poupées, Hardy aborde certains sujets graves comme le deuil, la responsabilité, la foi aveugle en Dieu, le suicide, l'alcoolisme et la misère. Butterfly, nous narre la descente aux enfers d'un homme responsable de la mort de son frère dans un accident de voiture. Anéanti par son acte, il sombre petit à petit, devient clochard et perd toute foi en Dieu. Il se met à errer dans un monde kafkaïen, absurde, un monde dans lequel les images sont volontairement déplaisantes, crues et sordides (la descente de croix d'un Jésus-Christ vengeur, les chats errants effrayants… ) " Dieu nous donne la vie mais aucune raison de la vivre " nous confie le " héros ", à la recherche d'une nouvelle foi. Déprimant et sombre, le film est pourtant doté d'une fin positive et colorée où le héros, ayant retrouvé sa foi décide " d'exister pour vivre et non plus de vivre pour exister."" Un film " cronenbergien " dans ses images, éprouvant mais profondément beau. A voir absolument.

En conclusion, une fournée de courts d'horizons différents et aux techniques diverses qui ont pour point commun de démontrer que l'animation n'est pas réservée aux enfants. En effet, aucun de ces courts n'est à montrer aux marmots admirateurs des Bisounours et autres Winnie l'Ourson. Le cinéma d'animation dans ce DVD nous montre qu'il est capable d'aborder des sujets adultes, sérieux, mais également que l'humour noir est une denrée très répandue chez les animateurs actuels. Ce DVD est le support idéal pour qui veut se persuader de la grande richesse actuelle de l'animation mondiale.


Anima 1, DVD édité par Folioscope - www.folioscope.be

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