Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2006
 

Hommage à Dimitri Balachoff par Marcel Croës

Dimitri Balachoff

Une de mes premières rencontres avec Dimitri Balachoff remonte aux années 60. A cette époque, il produisait et présentait sur le Troisième Programme (ainsi s'appelait la chaîne culturelle de la RTBF) une émission consacrée au cinéma. Il avait invité ce jour-là quelques jeunes critiques à débattre des films récents qu'ils tenaient pour importants. Bien entendu, mes collègues et moi-même ne jurions que par la Nouvelle Vague, ou par des auteurs (Lang, Hawks, Hitchcock et autres) sacralisés par les Cahiers du cinéma. Balachoff, qui participait lui-même au débat, se mit à faire un vif éloge de West Side Story. Nous en fûmes quelque peu scandalisés. A nos yeux, Robert Wise n'était qu'un faiseur, un habile artisan qui signait des productions ultra-commerciales. Avec le recul, j'ai compris que, s'il y avait une petite dose de  provocation dans cet éloge, c'était aussi une manière pour Balachoff  de manifester son indépendance de jugement et de suggérer que nous  étions sans doute les victimes consentantes d'une mode intellectuelle. J'ai vu plus d'une fois l’illustration de cette liberté d'esprit, cette curiosité pour tout ce qui sortait des sentiers battus, dans les présentations de films qu'il faisait à l'Ecran du Séminaire (où notre génération apprit la cinéphilie). Plus tard, rencontrant Balachoff dans divers festivals étrangers, j'ai toujours suivi son conseil lorsqu'il me recommandait tel ou tel film caché dans quelques sélections parallèles, et qui n'avait pas attiré mon attention. En somme, un esprit libre, et un homme pour qui les plaisirs pouvaient aussi se situer en dehors des salles obscures (je lui dois quelques bonnes adresses de restaurants dans diverses capitales européennes).

 

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