Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/1997
Mots-clés : télévision
 

La violence à la télévision

La Communauté française a eu la bonne idée de publier une brochure intitulée La violence à la télévision . Destinée aux adolescents de 15 à 17 ans, celle-ci s'appuie sur une enquête réalisée par Claude Geerts qui a interrogé un panel d'adolescents âgés de 12 à 16 ans, scolarisés dans quatre établissements de Bruxelles et de Wallonie.
On apprend, sans vraiment en être étonné, que les filles sont moins attirées par la violence que les garçons, que le Journal Télévisé et les trailers (bandes annonces) sont ce qu'il y a de plus violent après les films, que Canal + est la chaîne la plus violente suivie par RTL-TVI, puis par TF1 et la RTBF à égalité!
Pour sensibiliser le public et particulièrement les enseignants et les parents, la RTBF a programmé un Ecran-témoin animé par Paul Germain, précédé par la diffusion de Pulp Fiction. Choix surprenant. Bourré de références, de clins d'oeils aux films de genre, stylisé à l'excès, le film-culte de Quentin Tarantino, passant sans cesse du deuxième au troisième degré, est au thriller ce que sont les Guignols de l'info à l'actualité. Le duo des tueurs ressemble souvent à s'y méprendre à un sketch des Deschiens (les citations d'Ezéchiel assénées au bout du canon d'un revolver, l'hystérie convulsive du personnage interprété par Rosanna Arquette, etc.). Clockword Orange de Kubrick, autre film-culte, ou l'Appât , le film de Tavernier, aurait été un choix plus pertinent.
Récemment, l'Appât, a été déprogrammé par France 2, suscitant la colère de son réalisateur et de l'ARP. Hervé Bourges, le président du CSA, prenant le relais de Madame Royal affirmait : "Il faut protéger les enfants de certaines images. Cela, personne ne peut l'ignorer." A quoi Claude Miller, le président de l'ARP, répondit sèchement : "Il est dans la nature d'une oeuvre artistique de toucher la sensibilité du public, voire de la heurter ". Jan Bucquoy plus radical de s'exclamer : "Quels enfants voulez-vous protéger? Ceux qui crèvent la faim et traînent dans les rues?"
Quant à la signalétique, ce cache-sexe qui le laisse découvert, on nous permettra d'en rire. Il est curieux de constater que la télévision fait supporter au cinéma le poids de ses propres erreurs. Les images violentes d'un monde fondé sur une compétitivité érigée en valeur morale et en modèle comportemental ont plus d'impact que celles de n'importe quel film de fiction parce qu'elles portent le poids du réel! Dés lors on souscrit tout à fait aux propos de Marcel Frydman, auteur d'un ouvrage décapant, Télévision et violence, et qui soutient qu'il faut amener l'enfant à adopter une attitude de cinéphile. Celui-ci ayant une capacité d'absorption d'images violentes, sexy, fantastiques quasi illimitée, son seul délit constaté à ce jour étant d'occuper de manière récurrente les premières rangées des diverses cinémathèques qui peuplent le monde (c'est agaçant, nous en convenons volontiers!). C'est que le cinéphile, ce glouton optique, n'est pas que gourmand, c'est un gourmet de l'image, il n'avale pas n'importe quoi, on ne le trompe pas sur la marchandise, il sait ce qu'est un plan, une séquence, un montage cut, un raccord dans l'axe etc.
Récemment, Eliane du Bois, distributrice de Cinélibre, s'étonnait que l'image et ses codes ne soient pas enseignés aux enfants, à l'instar de leur langue maternelle. En effet, pourquoi analyse-t-on le sens d'un texte et pas celui d'une séquence d'images? Mystère. Lorsqu'on nous dit qu'il faut former les parents nous applaudissons mais lorsqu'on ajoute qu'il faut former des enseignants et leur donner du matériel, nous nous étonnons car il nous semble relativement simple d'enregistrer sur une K7 le journal télé diffusé le même jour par plusieurs chaînes et de faire un petite analyse de contenu, sur un magnétoscope, afin de faire comprendre qu'un sujet peut être traité de façon différente suivant la chaîne qui le diffuse, qu'elle soit publique ou privée. Nous sommes des intellectuels? Vraiment? Les élèves sont turbulents et quasi-analphabètes? Vraiment? A qui la faute?
Revenons à La violence à la télévision, la brochure, dont nous ne pouvons que souhaiter une diffusion massive, pour susciter des prises de conscience dans le corps parental, enseignant et adolescent. Ajoutons que comme la violence elle est gratuite.

Pour obtenir La violence à la télévision, contactez le numéro vert du Ministère de la Communauté française : 0800/20 000.

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