Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Le bruit, l'odeur et quelques étoiles d'Eric Pittard

Comme à la radio
Aux abords d'une cité toulousaine, trois jeunes piquent une voiture. Une patrouille de police intervient. Dans le mêlée, un coup de feu claque et un gamin s'écroule sans vie. Les amis de la victime tentent de réclamer vérité et justice mais se heurtent à l'arrogance des policiers, qui cherchent à couvrir leur responsabilité, et à l'indifférence des politiques peu soucieux de tremper dans ce bouillon explosif. Résultat : mobilisation, répression, manifestations, interventions, occupations, barricades: 4 jours d'émeutes au quartier de la Reynerie.
Pour Eric Pittard, documentariste, c'est l'occasion d'aller à la rencontre d'une jeunesse dont il partage beaucoup des constats sur la pauvreté, la banlieue, le racisme... mais dont les comportements le mettent souvent mal à l'aise. Il part donc voir les acteurs de ce drame trop banal, et fait la découverte de véritables personnages caractérisés, hauts en couleurs et fabuleusement humains. Farid l'élégant, Kader dit « Schumi », Kheira, la soeur de Farid, enragée de justice, Tahar, Farid le président, l'avocat Cohen, une extraordinaire bête de spectacle, ... Et il récolte une vraie histoire : celle de jeunes réunis pour la justice à la mémoire de leur copain dans une association, le 9 bis, et depuis sous haute surveillance. Un jour, ils vont « péter les plombs » et se comporter exactement comme le monde l'attend d'eux : en petits voyous, en casseurs, en cavaleurs. Une nuit de folie, un an de taule, et tout repartir de zéro. Cette histoire, Eric Pittard a voulu la raconter, mais en lui inventant une forme. Un peu comme un opéra, avec un prologue, trois actes et un épilogue, avec la cité pour décor et les chansons du groupe Zebda à la place du grand air des bijoux. Comme une tragédie grecque qui serait moderne, avec des respirations poétiques, un choeur et des coryphées pour rythmer et éclairer l'action.
Voilà réuni tous les ingrédients pour faire un beau film social, au propos fort, à la forme originale. Hélas, on se retrouve devant un footballeur qui, seul devant le but ouvert, loupe l'immanquable. En cause, un manque cruel de point de vue, de regard, de perspective cinématographique. Certes, le réalisateur écoute ces jeunes lui raconter longuement leur histoire, il la structure, la découpe, l'aère de respirations poétiques. Parfois, comme un cadeau chichement mesuré, il nous emmène dans un appartement, dans une salle des fêtes où s'est déroulé une entrevue avec les édiles, dans un lycée. Il nous montre la rue, les toits... Mais à trop vouloir respecter son sujet, on a l'impression que Pittard ne sait pas trop bien comment s'en dépêtrer. Pas d'action, ou presque. La caméra ne nous fait pratiquement jamais entrer dans l'univers des personnages. Ce qu'on voit de l'environnement est le plus souvent insignifiant. Rien qui permette de sortir du cadre étriqué de l'anecdote pour personnaliser son sujet, l'attacher à ses spectateurs, aller vers le pourquoi du comment, ou pour se prolonger dans l'avenir. Il n'y a que la parole. Une heure trois quart de tchatche. Sincère, émouvante, pas du blabla, mais il n'en reste pas moins qu'au cinéma, la parole, c'est quand même un peu court. Il n'y a, pour meubler, que les « clips » des chansons de Zebda. Le groupe se voit ainsi offrir l'occasion, voulue ou non, de présenter la plupart des morceaux de leur dernier CD « Utopie d'occase » (très bon album au demeurant). Et on doit bien reconnaître que la popularité et la caution du groupe toulousain, apporte une aide à son exploitation en salle.
Reste le témoignage, enregistré et organisé par Eric Pittard avec brio qui ferait une superbe émission audio, comme on les aime dans toutes les bonnes radios.

 

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