Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2011
 

Trois films sur Pina Bausch

Pina Bausch sous toutes les facettes
Après l'édition en DVD du film de Wim Wenders sur la chorégraphe allemande, Pina Bausch, l'éditeur Cinéart a eu l'excellente idée de proposer un coffret de trois films comprenant, outre le film de Wenders, le documentaire Dancing Dreams sorti en 2010 et le documentaire Un jour Pina a demandé… de Chantal Akerman tourné en 1982. Et si vous vous demandez si ses spectacles sont de la danse, du théâtre, de la tragédie ou de la comédie musicale, vous vous apercevrez bien vite que ce n’est rien de tout cela, c’est tout simplement du Pina, et c’est unique.

Coffret DVD Pina BauschCe n'est pas un hasard si Pina Bausch fascine les cinéastes. Sa silhouette fluide et longue frappe, son visage comme marqué par une douleur majestueuse déroute, sa présence lumineuse et sa prestance naturelle hypnotisent. Pas étonnant qu’en 1983, Federico Fellini l'embarque sur son grand navire (E la nave va) pour incarner la Princesse Lherimia, une cantatrice aveugle capable de voir la couleur des notes de musique et de prédire l’avenir. Une parfaite pythie fellinienne...Un an avant cela, Chantal Akerman n'avait pu résister à l'appel de cette sirène, et l'avait suivie, pendant cinq semaines, lors d'une tournée du Wuppertal Tanzteater en Allemagne, en Italie et en France : « Quand je vois un spectacle de Pina Bausch, je ressens une émotion très forte que je n’arrive pas à définir, qui ressemble peut-être à du bonheur. Mais, à des moments, je dois me défendre de ce qui est exprimé, fermer les yeux, et je ne comprends pas pourquoi ». Avec ses chorégraphies viscérales et impulsives, obsédantes et organiques, Pina Bausch emporte les spectateurs dans une spirale infernale d'émotions. Déchirés, ainsi se sent-on face à son travail.

Pina Bausch chez Fellini

Le projet de Chantal Akerman est simple, et parce qu’il est simple, il est beau. Un jour Pina a demandé… tel est le départ de ce voyage. Mais que demande donc Pina à ses danseurs ? Là encore, des choses simples, presque clichés dont elle extirpera la quintessence pour déployer et faire ployer les corps : « Qu’est ce que l’amour ? », « De quoi êtes-vous le plus fier ? » Le film, dans ses allers-retours, brouille les pistes, confond ce qui appartient à la scène et ce qui appartient à la vie pour créer un tout où les frontières n’ont plus lieu d’exister. En reste des sensations, des impressions en désordre, des bribes prises à la dérobée, comme le souvenir d’une vie vécue intensément.

On l’a dit, Pina fascine les cinéastes. En 2002, Pedro Almodovar ouvre son film, Parle avec elle, sur Café Müller, le ballet culte où Pina danse, aveugle (encore), dans une salle de café, et le clôt sur Masurca Fogo. Les deux univers de l’Espagnol et de l’Allemande se répondent d’âme à âme, dans la complexité des liaisons amoureuses, le motif du travestissement, la violence des échanges retranscrite dans des formes grandiloquentes. Aussi, la danse de Pina est un sous-texte au film, se dresse en parallèle avec sa trame. Il faut le vouloir pour rater un film sur Pina Bausch, car tout, chez elle, laisse une empreinte, tout vibre, tout chatoie.

scène du film Un jour Pina a demandé de Chantal AkermanC’est pourtant ce à côté de quoi est passé son compatriote Wim Wenders, qui, à force de technologie, a balayé l’émotion et s’est laissé piéger et figer par l’admiration qu’il lui porte. Aussi, on lui préférera, outre le petit bijou d’Akerman, le film d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann Les rêves dansants... sur les pas de Pina Bausch. En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18 ans qui ne sont ni acteurs, ni danseurs. Dix ans auparavant, elle avait déjà créé une reprise avec des acteurs de plus de 65 ans pour qu'ils la façonnent avec leur expérience de la vie. Ces adolescents qui vont se découvrir eux-mêmes au fil des répétitions est une jolie façon de montrer la profondeur et l’espoir qu’ont toujours animé les ballets de cette immense figure du XXème siècle.

Si le DVD est incontournable pour tous les passionnés et ceux qui voudraient approcher de près la chorégraphe, on regrette de ne pas y trouver A coffee with Pina, un portrait de 50 minutes tourné en 2006 par Lee Yanor.


Pina de Wim Wenders
Version originale sous-titrée en français et néerlandais
 Son : 5.1 - Allemagne 2011 - 103'

Bonus :
Interview de Wim Wenders
Berlinale : Tapis rouge
Berlinale : Conférence de presse


Dancing dreams d’Anne Linsel et Rainer Hoffman
Version originale sous-titrée en français et néerlandais
 Son stéréo - Allemagne 2010 - 89'

Bonus :
Interview de Pina Bausch


Un jour Pina a demandé… de Chantal Akerman
Version originale sous-titrée français et néerlandais
 Image : 4/3 - Son stéréo - 55'

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