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Gigi La Legge

Publié le 24/01/2023 par Marine Bernard / Catégorie: Critique

Gigi La Legge ou Les aventures de Gigi La Loi, le troisième long-métrage d’Alessandro Comodin, était présenté lors de la soirée d'ouverture du Festival En Ville ! 2023. Un choix particulièrement pertinent pour une 4e édition souhaitant mettre à l'honneur un cinéma du réel qui explore les territoires de l’intime.

Gigi La Legge

Pier Luigi dit ‘’Gigi La Legge’’ est un policier déclassé qui vit dans un petit village de la région du Frioul où il ne se passe presque jamais rien. Du matin au soir, il zone tranquillement dans sa voiture, à la recherche de la moindre anecdote à raconter. Gigi est drôle et séducteur, il adore parler de banalités durant son service et enjoliver des histoires à dormir debout. Fervent défenseur de la justice humaine, il a sa propre interprétation de la loi, ce qui amuse beaucoup ses collègues desquels il tient son surnom

Le film s’ouvre sur une discussion nocturne entre Gigi et son voisin, perdus dans un jardin à la végétation surabondante. Gigi doit s’occuper de ses plantes qui envahissent allègrement les alentours mais il trouve toute une série d’excuses pour s'y soustraire. Plus ils discutent, moins ils trouvent un terrain d’entente. Leur échange houleux semble flottant, l'atmosphère est pesante et s’apparente davantage à celle d’un rêve. Nous percevons mal où se situent les personnages. D’ailleurs, nous ne sommes même pas certain.e.s que Gigi parle réellement à quelqu’un. Nous avons peu de repères. Et puis, cette vision presque fantasmagorique bascule dans le quotidien du policier, en patrouille avec l’un de ses collègues. Les deux policiers arrivent devant la voie ferrée du village sur laquelle une femme s’est jetée au passage d’un train. Manifestement, il ne s’agit pas du premier suicide à cet endroit. Ils sont interloqués et complètement démunis. Gigi décide d'enquêter à sa façon et sillonne le village jour et nuit, toujours en voiture, à la recherche du moindre indice. Ce road trip de campagne est lent, voire hypnotique. Très vite, nous nous rendons compte que cette affaire de suicides ne semble pas vraiment entâcher la routine du policier qui, seul ou accompagné, continue ses monologues, drague sur la fréquence de sa radio de fonction et s'arrête pour échanger avec le voisinage. Même les moments d'étrangeté ou de transitions mystérieuses qui surviennent sporadiquement tout au long du récit ne semblent pas avoir d’impact. Ils rythment une histoire que nous suivons avec avidité, curieux d’en connaître le dénouement.

Le cinéma de Comodin se situe à la croisée du documentaire et de la fiction dramatique. D'emblée, le cinéaste fausse nos repères, brouille les pistes du réel pour nous ouvrir à d'autres possibles. Il joue énormément sur les hors champs pour faire naître des sensations et des mondes parallèles. Par la multiplication des transitions surréalistes, il ajoute des images mentales à notre vision du récit. Il nous balade entre réalité et imaginaire en un tournemain pour mieux nous perdre dans la narration. Un flou permanent qui nous oblige à construire notre propre version car notre imagination est totalement livrée à elle-même. Très vite, nous prenons conscience que l’enjeu n’est pas de chercher la cohérence, de comprendre le sens, de savoir comment cela finit, mais de se laisser aller dans les méandres de l'état intérieur de Gigi.

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