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Quatre femmes en exil, Yves Dorme

Publié le 13/01/2026 par Max Meunier / Catégorie: Critique

Il y a des films qui ne cherchent pas à expliquer le monde, mais à nous y reconnecter. Quatre femmes en exil appartient à cette catégorie rare : un film-fenêtre, fragile et nécessaire, qui entrouvre des vies que la société préfère souvent maintenir hors champ. Dès les premières images, Yves Dorme ne pose pas un diagnostic, il s’assoit. Il écoute. Il attend que la parole vienne — ou que le silence suffise.

Quatre femmes en exil, Yves Dorme

Le film dresse les portraits de quatre femmes en situation d’exil. Quatre trajectoires distinctes, mais que le regard du cinéaste et le montage transforment peu à peu en une expérience collective. Ces récits sont profondément singuliers, et pourtant ils deviennent universels. Ces femmes parlent pour elles-mêmes, mais aussi pour tant d’autres, invisibilisées par les discours administratifs et politiques. Le film agit alors comme un rappel essentiel : derrière les mots « exil » ou « migration », il y a des corps, des visages, des quotidiens marqués par l’attente, la perte et la dignité.

Ce qui frappe avant tout, c’est la qualité du lien qui unit le réalisateur à ses personnages. Quatre femmes en exil n’est pas un film de passage, mais un film de présence. On sent que ces portraits sont nés d’un temps long, d’une confiance patiemment construite. Ces femmes ont invité Yves Dorme dans leur intimité : dans leur tristesse, leur honte parfois, leur douleur, mais aussi dans leur capacité de résistance. Cette confiance traverse chaque plan. La mise en scène est d’une grande justesse. Tantôt très proche des visages, captant une parole fragile ou un regard qui hésite, tantôt plus distante, presque effacée, laissant l’espace de vie occuper le cadre;  comme une errance pudique, respectueuse, dans un quotidien suspendu. Ailleurs, la caméra s’ancre dans le lien mère-enfant, rappelant que l’exil n’est jamais une expérience strictement individuelle. La caméra agit comme l’œil du réalisateur : empathique, inquiet, mais toujours attentif à ne pas voler les images. Le montage accompagne cette éthique. Il ne brusque jamais. Les quatre séquences sont équilibrées, chacune bénéficiant du temps nécessaire pour que le spectateur puisse entrer en connexion. Il ne s’agit pas de comprendre, mais de ressentir. De rester. De regarder sans détourner les yeux. Film profondément politique sans jamais être démonstratif, il choisit la voie la plus exigeante : rendre visibles celles que l’on regarde trop peu. Il invite à l’empathie, mais surtout à la reconnaissance.

Le film sera présenté lors d’une projection unique à Flagey (Bruxelles) le jeudi 15 janvier, précédé du documentaire Les Hommes seuls (2024), également réalisé par Yves Dorme. La séance sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur, offrant au public l’occasion de revenir sur la démarche du film, les conditions de tournage et les réalités humaines qu’il documente.

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