Cinergie : L’Affaire Grido était d'abord une web-série humoristique de 22 épisodes publiés à raison de deux par semaine sur Instagram, ainsi que sur YouTube. Le long métrage était-il prévu dès le départ ou est-ce que c'est le succès de la série qui a fait naître en vous l'envie d'aller plus loin ?
Antoine Vans : À la base, il n'y avait qu'une seule saison, juste pour faire rire les copains. Et puis ça a eu beaucoup plus de succès que ce que j'avais prévu et c'est devenu plus grand. Et il y a eu pas mal de réactions de personnes qui m'ont demandé d'en faire un long métrage. Je me suis dit qu'on pouvait faire la suite, la saison 2, rassembler les deux et en faire un seul film, d’à peu près 1h40.
C. : Jeanne, quelle est votre formation ? On vous a notamment vue dans la série de la RTBF Trentenaires et dans celle de TF1 R.I.P La vie vous va si bien. Et quel est le chemin qui vous mène jusqu'à L’Affaire Grido ?
Jeanne Abraham : J'ai commencé, toute petite, par le théâtre. Et puis, plutôt autodidacte, j'ai fait des cours de cinéma. J'ai aussi une formation de neuropsychologue. L'Affaire Grido, c'était, à la base, une série juste pour s’amuser. On s'est rencontrés sur le long métrage Souviens-toi des cacahuètes. On avait envie de s'amuser, en faisant un format court de série Instagram. Comme ça a fonctionné, on a continué pour le long métrage.
C. : Chadia, pouvez-vous nous présenter, à votre tour, votre formation, votre parcours et ce qui vous a mené jusqu'au tournage de L’affaire Grido ?
Chadia Ben-Geloune : J'avais commencé le théâtre petite, déjà. À l'école, j’ai étudié en option théâtrale aussi, sans me dire que c'est ce que je voulais en faire plus tard. J'ai découvert le jeu comme ça et j'ai beaucoup aimé. Et puis j'ai voulu faire du cinéma. J'ai fait une septième année en théâtre, qui m'a beaucoup plu. Par après, j’ai passé un casting, dont j'ai d’ailleurs vu l'annonce sur Cinergie. (rires) Une annonce d'Antoine qui cherchait des adolescents pour jouer dans le long métrage Souviens-toi des cacahuètes. Et c'est comme ça que je les ai rencontrés. Un peu plus d’un an plus tard, Antoine m’a proposé de refaire un projet avec eux. C'est trop chouette de les retrouver là, maintenant !
C. : Jeanne, c'est votre troisième long métrage avec Antoine, après L’Assureur et Souviens-toi des cacahuètes. Comment vous a-t-il présenté L'Affaire Grido et le rôle qu'il vous destinait ?
J. A. : L’idée était vraiment de passer à autre chose. En fait, pour L’Assureur, il y avait déjà un ton humoristique. Et puis on avait simplement encore envie de s'amuser. C’était l’idée du premier projet de série, d'avoir un ton un peu plus léger.
A. V. : J'étais en écriture d'un nouveau long métrage censé être un thriller, qui est à présent dans un tiroir. Mais je n'arrivais pas à l’écrire : je ne trouvais pas le ton, je n'arrivais pas à trouver un conflit qui fonctionnait bien… J'ai donc un peu abandonné, frustré. Il y a un dicton, que j'aime bien utiliser, qui dit : « quand on n'arrive pas à réparer une erreur, on l'exagère ». C'est ce que je me suis dit : faisons quelque chose de totalement différent : drôle, court et délirant. Qui n’avait donc rien à voir avec ce que j'étais en train d'essayer d'écrire. C'est comme ça que j'ai proposé à Jeanne et à Chadia de participer à ce délire. Et on verrait bien ce que ça donnerait. Et ça donne un long métrage.
C. : Chadia, comment Antoine vous a-t-il présenté le projet et le rôle qu’il souhaitait vous confier ?
C. B.-G. : Ça m'a tout de suite été présenté comme une minisérie à destination d'Instagram, avec un côté très absurde que j'aime beaucoup. J’ai retrouvé cela dès que j'ai lu le scénario, qui m’a fait rire directement. Nos personnages étaient donc présentés, notamment le personnage de Jeanne, qui partait dans tous les sens, qui avait déjà l'air très drôle et qui m’a fait rire dès la lecture du scénario. Mon personnage avait un côté plus sérieux, ce qui amène peut-être un équilibre. On est souvent en duo. C'est donc un chouette équilibre d'avoir le côté absurde de Léa et le côté peut-être un peu plus sérieux ou terre-à-terre de Maya.
C. : Jeanne, après deux films à ses côtés, qu'est-ce qui vous a séduite dans l'idée de basculer avec Antoine dans la comédie pure ?
J. A. : Je pense que ça ne m'avait jamais été proposé. J'ai commencé comme ça, avec un seul en scène, il y a très longtemps. Et c'était surtout basé sur l'humour. Quand j'ai reçu cette proposition, ça m'a tout de suite plu. Ce côté complètement décalé fait du bien. On avait travaillé des axes de jeu tout autres. C’est très riche de pouvoir expérimenter. C'est une chance de travailler ensemble, aussi, parce qu'on se connaît. Et avoir une liberté totale, c’est très précieux. On a vraiment pu tenter. Puis vu que ça partait quand même d’une blague, qu’on était entre nous, on a vraiment pu partir dans de nombreuses directions et tester plein de choses. C'était vraiment un cadeau de tester tout ça dans l'humour. Et avec une chouette partenaire ! Chadia, Antoine et moi commençons à vraiment bien nous connaître. C'est super agréable de travailler comme ça !
C. : Et vous, Chadia, qu'est-ce qui vous a convaincue d'embarquer dans cette aventure ? Le scénario, le personnage, l'équipe, le genre qu’est la comédie ou un peu tout ça à la fois ?
C. B.-G. : Tout ça à la fois, sûrement. À commencer par l'équipe, évidemment, parce que je les avais rencontrés sur Souviens-toi des cacahuètes, qui est donc un long métrage bien plus dramatique, plus sérieux. Et pourtant, je m'étais déjà tellement amusée sur ce tournage-là qu'en me projetant, je me suis dit que faire une série comique avec eux, ça allait juste être l'éclate et ça l'a été : c’était trop fun ! Et puis évidemment, par la suite, en lisant le scénario, en découvrant les personnages, je pouvais déjà me projeter et j'avais juste hâte qu'on puisse tourner ensemble.
C. : Antoine, sur ce film, vous êtes à la fois scénariste, producteur avec votre maison de production La Chaise Création, réalisateur, cadreur, monteur, régisseur et on en passe. Est-ce que c'est un choix ou une nécessité en Belgique francophone, quelque part ?
A. V. : C'est un choix, pas une nécessité, même si je pense qu'on est beaucoup en Belgique à faire cela. Malheureusement, on n'a pas la visibilité qu'on mérite. Je ne parle pas que pour moi mais pour plein d'autres gens. Beaucoup de films belges se font chaque année donc tant mieux pour eux. Mais c'est un choix. Surtout sur ce projet-ci où c’était vraiment censé être un délire entre amis, pas qu'avec Jeanne et Chadia, mais aussi avec Erico Salamone, Christophe Barnier, Benoît Berben et tous les autres qui ont participé au film, notamment celles et ceux qui ont des petits rôles, mais qui sont venus avec plaisir, enfin je pense en tout cas, bosser sur ce genre de projet.
C. : Antoine, vous promettez aux spectateurs un rire toutes les trois minutes. La comédie est souvent considérée comme le genre le plus périlleux à réussir, a fortiori en long métrage. Comment avez-vous construit ce rythme comique dès l'écriture et quel rôle joue la musique dans la mécanique du rire, une fois arrivée l'étape du montage ?
A. V. : Je trouve la question tout à fait pertinente, en tout cas par rapport à la musique, parce que je n'avais jamais vraiment fait de véritable comédie et je me suis rendu compte sur le montage et la post-production de ce film-ci, plus généralement, que la musique avait une importance de dingue dans l'humour et dans le rythme. J'ai donc appris pas mal de choses. Je promets en effet un rire toutes les trois minutes. J’espère que ce sera le cas… (rires) Parce que toutes les trois minutes, on change de séquence, et je pense qu'il y a quand même une bonne blague par séquence. La musique est hyper importante dans le rythme de l'humour.
C. : Antoine, pour incarner vos deux enquêtrices, vous avez donc réuni Jeanne et Chadia. Qu'est-ce qui a guidé ce choix de duo, et comment dirige-t-on des actrices et des acteurs dans un registre comique pur ?
A. V. : Très bonne question ! Alors, Jeanne, c'est déjà le xième projet qu'on fait ensemble. Je suis également réalisateur de publicités et c’est comme ça qu’on s'est connus, sur le tournage d’une pub, il y a un peu plus de dix ans. Nous avons fait pas mal de petits projets ensemble. On se connaît bien, on sait communiquer et on se comprend assez rapidement. Il y a une collaboration déjà assez établie. Par contre, avec Chadia, c'était la deuxième fois que nous travaillions ensemble. Et la première fois, c'était sur un film assez sérieux. Je ne savais donc pas comment ça allait se passer, mais j'ai beaucoup aimé travailler avec Chadia sur Souviens-toi des cacahuètes. Ça me paraissait logique que je l'appelle aussi. Tout comme j'ai appelé Erico, Benoît et Christophe. Ce sont des acteurs avec qui j'aime travailler. On se connaît. Chadia et moi ne nous connaissions pas super bien mais nous avions déjà vécu un tournage ensemble et les tournages, ça rapproche toujours un petit peu.
C. : Jeanne, comment prépare-t-on un rôle comique, avec ce rythme particulier ? Le fameux rire toutes les trois minutes voulu par Antoine…
J. A. : Il a dû me contenir ! (rires) C'est vraiment la liberté. J’ai préparé ce rôle en allant chercher plein de choses. Il faut aller au plus haut puis au plus bas pour essayer de trouver la juste partition. C'est hyper enrichissant parce que c'est retrouver aussi toutes les mimiques, les instants T. Pour mon personnage, en tout cas. C'est donner vie à tout ce qui est parfois absurde. En fait, on ne s’en rend pas toujours compte dans la normalité de la vie. J'ai à nouveau révélé une partie de moi et je trouve que c'était super enrichissant parce que maintenant, je n'ai plus envie de la camoufler et c'est comme ça que j'ai adoré bosser ce personnage parce que c'est une partie de moi que j'avais un peu mise de côté. Il y a le travail en amont mais le plus chouette, c'était de bosser avec les autres acteurs parce qu'ils me donnent aussi des choses. Je trouve que l'humour, c'est également ça : le rythme et notre manière de réagir avec les personnages. C’était encore plus enrichissant parce qu'on peut le bosser tout seul, mais l'humour, j'ai l'impression que c'est quand même quelque chose qu'on travaille avec les autres sur le tournage.
C. : Et vous, Chadia, comment avez-vous préparé votre rôle et comment s'est construite la complicité avec Jeanne ?
C. B.-G. : Notre complicité s'était déjà créée sur Souviens-toi des cacahuètes et on a pu la retrouver sur L'Affaire Grido. Ça rapproche encore plus de faire un nouveau tournage et de pouvoir aller dans l'humour. On peut tester peut-être plus de choses. On avait déjà quelques chouettes scènes d'impro dans Souviens-toi des cacahuètes mais là, on a eu encore plus de liberté, qui rapproche et qui permet encore plus de créer ce lien fort entre les personnages.
C. : La première du film a lieu ce dimanche 13 septembre à 11h au Ciné4, à Nivelles, avec un drink offert à l’issue de la projection. Cela se fait sur la base d’une entrée libre, au chapeau. Quelques mots pour inviter les spectateurs à vous rejoindre ?
A. V. : Venez voir un film où je vous promets un rire toutes les trois minutes. Aujourd'hui, je pense que c'est tout à fait nécessaire. Donc, ça va vraiment vous faire du bien. C’est un peu plus d’1h40 pendant laquelle on ne pense à rien et on ne fait que rire.
J. A. : C'est drôle, c'est belge, c'est fou et… c'est nous ! (rires)
C. B.-G. : Vous aviez déjà pu découvrir les formats courts sur Instagram et là, vous pourrez découvrir le format long. Tout voir, en une seule partie, nous voir et on est prêts à vous embarquer dans cette aventure qui, on l’espère, va vous plaire !
Première projection le dimanche 13 septembre 2026, à 11h, dans la grande salle du Ciné4, rue de Soignies 4, à 1400 Nivelles.
Entrée libre, au chapeau, drink offert à l'issue de la projection.
Réservations par e-mail à vansantoine@gmail.com.