Au cœur du quartier des Marolles, la maison Vésale est une maison de repos et de soins du CPAS de la ville de Bruxelles. Elle accueille des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Dans ce lieu de vie, le bien-être, la dignité et la diversité sont privilégiés. La multiculturalité de Bruxelles s’y retrouve. Le rythme de vie de chaque habitant est respecté, leur libre circulation dans tout l’établissement est assurée. Les 128 habitants, tous atteints de démence, vont et viennent à leur guise. Ici les chambres sont aménagées selon les goûts de chacun. À part le lit médicalisé, tout peut être personnalisé pour rappeler le quotidien vécu ailleurs. Mobilier, photo, tout peut être emporté pour vivre comme à la maison. Une vitrine dans chaque chambre expose les souvenirs de chacun. L'institution s’adapte à la personne et non le contraire. Dans son documentaire, Isabelle Rey dresse le portrait de l’institution dans son fonctionnement, mais nous fait surtout vivre quelques jours avec les résidents de la maison de repos. Quelles sont leurs activités, comment reçoivent-ils les visites, comment s’expriment-ils ? On écoute, on regarde en profondeur, au plus près de chacun. L'approche est sensible, dépasse le constat de la simple maladie pour nous montrer la vie des résidents.
Jacqueline, l’une des résidentes, communique avec le sourire, parle beaucoup, s’intéresse à l’équipe de tournage. “...Comment ça s’appelle ça ?... Ça me fait oublier des bouts de vie... Ça me gêne des fois... Qu’est-ce que tu as dans la tête ?”. Et la voilà partie, main dans la main, avec l’encadrante, pour aller danser au septième étage. Mais arrivée à l’ascenseur, elle a déjà oublié où elle allait. On comprend très bien ce que nous dit Marie-France, une autre résidente, qui nous raconte sa vie jusqu’au moment où “... Je suis tombée malade... ma tête tombait et roulait sur le sol...”. On part chanter et miraculeusement, on se rappelle des paroles. C'est émouvant et triste à la fois, car quand l’envie de parler s’éteint, quand on dit bonjour et que personne ne nous répond, quand les mots ne viennent pas, comment entrer en relation avec autrui?
Beaucoup plus qu’un documentaire sur l’Alzheimer, le film interroge notre rapport collectif à la maladie, à la vieillesse, à la dépendance. Quel sort réservons-nous à nos proches dans ces conditions ? Que voulons-nous pour nous-mêmes ?
En Belgique, la maladie d’Alzheimer touche environ 220.000 personnes. Elle bénéficie d’un réseau complet de soutien, de recherche et d’accompagnements pour les patients et leurs familles. Selon Stop Alzheimer, la fondation pour la recherche contre la maladie d’Alzheimer, cette maladie neurodégénérative progressive affecte principalement les fonctions cognitives telles que la mémoire, la pensée et le langage. Elle représente la forme la plus courante de démence chez les personnes âgées. D’autres maladies ressemblent à Alzheimer, mais diffèrent cependant, comme la maladie à corps de Lewy, qui est la maladie neurodégénérative la plus fréquente après l’Alzheimer.
Isabelle Rey pose la question de la dimension existentielle et philosophique de la maladie qui nous met tous face à la réalité de notre condition. Plus précisément celles qui affectent notre identité, qui nous changent par rapport à ce que l’on était avant. On est confronté à la fragilité et à l’absurdité de la condition humaine et on ne peut qu'être émus face à ces personnes que l’on voit à l’écran et qu’on aimerait peut-être aussi partir à leur rencontre comme l’ont fait Isabelle Rey et son équipe.
Le film sera projeté au festival Millenium le 28 mars à 17 heures à l’UGC Toison d’or en présence de la réalisatrice.