Dreamwall au festival Anima, Le Trésor de Barracuda

À l’occasion du Festival Anima de Bruxelles, Cinergie a rencontré les forces vives de Dreamwall, l’un des studios d’animation belges les plus dynamiques, venu défendre en nombre Le Trésor de Barracuda. Autour d’Alice Gorissen, directrice générale du studio, et du directeur artistique Olivier Auquier, producteurs, artistes et techniciens ont investi le festival, transformant chaque projection en moment collectif, presque familial.

Cette présence remarquée dans les salles comme dans les couloirs d’Anima, disait beaucoup de l’attachement des équipes à ce film d’aventure porté par Chispas, une héroïne vive et déterminée, et par un regard résolument contemporain sur les récits de pirates. Adapté du roman de Llanos Campos, ce long métrage d’animation 2D mêle humour, souffle féministe et goût de l’aventure, tout en plaçant la lecture et la transmission du savoir au cœur de la quête.

Entre anecdotes partagées après les projections, fierté collective et échanges avec le public, Le Trésor de Barracuda s’est imposé comme un projet fédérateur, emblématique de l’ADN de Dreamwall.

Cinergie : Pouvez-vous vous présenter et rappeler votre rôle au sein de Dreamwall?

Alice Gorissen : Je suis Alice Gorissen et je dirige DreamWall.

Olivier Auquier : Je suis Olivier Auquier, directeur artistique.

C. : Dreamwall est aujourd’hui un acteur central de l’animation belge. Comment le studio est-il né et autour de quelle ambition initiale?

A. G. : Dreamwall a été créé il y a 19 ans par la RTBF et Dupuis, qui sont toujours actionnaires, rejoints ensuite par Wallimage et Sambre Invest. L’objectif était de créer à Charleroi un pôle d’excellence autour de la création graphique et digitale, à la fois pour l’animation et pour les besoins numériques de la RTBF. Cet ADN est resté très fort.

C. : Comment cette structure a-t-elle évolué au fil des années?

A. G. : Le studio s’est progressivement développé en 2D, 3D, séries et longs métrages. Aujourd’hui, quand tous les projets sont actifs, l’animation représente environ une centaine d’artistes, et l’ensemble de la structure compte autour de 150 personnes avec le pôle Media Solutions.

C. : Diriger un studio de cette taille implique une grande diversité de responsabilités. À quoi ressemble votre quotidien?

A. G. : C’est effectivement très transversal : gestion des équipes, stratégie, recherche de projets, finances, ressources humaines, relations avec les actionnaires. Le rôle principal, c’est de faire en sorte que la structure continue d’exister, d’évoluer et de se renforcer dans un contexte qui est parfois instable.

C. : Olivier, quel a été votre parcours jusqu’à la direction artistique?

O. A. : Je suis arrivé chez Dreamwall dès le début comme chef décorateur sur une série. De projet en projet, j’ai acquis de nouvelles compétences, appris à repérer les artistes et à les accompagner. Aujourd’hui, mon travail consiste surtout à constituer les équipes et à les aider à atteindre les objectifs artistiques des projets.

C. : Comment un studio comme Dreamwall s’adapte-t-il aux évolutions technologiques sans perdre sa ligne artistique?

A. G. : On est en veille permanente, mais de manière très raisonnée. Les projets d’animation impliquent des volumes et des budgets importants, donc on ne peut pas tester des outils sans avoir validé toute la chaîne. La technologie n’est jamais une fin en soi : elle doit servir le récit et apporter une vraie plus-value artistique.

C. : En Belgique, la coproduction minoritaire semble être un passage presque obligé. Pourquoi?

A. G. : L’animation est très coûteuse et le financement du développement est limité en Belgique. Le Tax Shelter ne couvre pas cette phase. Cela explique pourquoi le pays s’est positionné sur la coproduction minoritaire et pourquoi nous travaillons souvent au cœur du pipeline de fabrication.

C. : Quels projets récents incarnent le mieux l’identité de Dreamwall?

O. A.: Le Trésor de Barracuda et Les Légendaires. Ce sont des films exigeants, avec de vrais défis artistiques.

A. G. : Ce sont aussi des projets que nous sommes allés chercher parce qu’ils nous parlaient. Et c’est essentiel, notamment pour attirer et fidéliser les artistes, qui sont fiers de ce qu’ils produisent.


Le Trésor de Barracuda


C. : Venons-en au film. Comment présenteriez-vous Le Trésor de Barracuda?

A. G. : C’est l’histoire d’une petite fille qui arrive sur un bateau de pirates et doit se faire passer pour un garçon pour rester à bord. Les pirates cherchent un trésor, et elle va les aider d’une manière inattendue : en leur apprenant à lire. Finalement, le vrai trésor, c’est la lecture.

C. : Adapter des œuvres littéraires semble aller de soi pour Dreamwall. Est-ce un héritage assumé?

A. G. : Oui, clairement. Dreamwall a été créé par Dupuis, donc l’adaptation de livres et de bandes dessinées fait partie de notre ADN. On l’a fait dès le début et on continue aujourd’hui avec des projets très variés.

C. : Le roman d’origine bénéficiait-il déjà d’une notoriété importante?

O. A. : C’est un classique de la littérature jeunesse espagnole, très lu.

A. G. : Pour les producteurs et diffuseurs, c’est important, car une œuvre déjà connue rassure et permet d’attirer une fanbase, ce qui réduit une part du risque.

C. : Le film combine animation traditionnelle et animation digitale. Pourquoi ce choix artistique?

O. A. : Le film est en 2D, mais il mêle animation dessinée image par image et animation de pantins digitaux. L’enjeu était que ces deux techniques cohabitent de façon invisible pour le spectateur.

C. : En termes de fabrication, qu’est-ce que cela représente concrètement?

O. A. : Plus d’un an de travail, probablement proche d’un an et demi, depuis la préparation des marionnettes jusqu’au compositing.

A. G. : En moyenne, on était à environ deux secondes d’animation par jour. Une partie de l’animation traditionnelle a été réalisée en Espagne, tandis que nous avons assuré l’animation cut-out et les effets.

C. : Le travail du compositing apporte une atmosphère très marquée au film. Quel a été son rôle ?

O. A. : Le compositing, réalisé sur Nuke, permet de travailler la lumière, les ombres, le grain, la profondeur et la couleur. C’est vraiment ce qui donne le look final de l’image.

A. G. : Cette étape a ajouté une dimension presque magique au film.

C. : Le film se distingue aussi par un casting de voix belges pour la version française. Pourquoi ce choix était-il important ?

A. G. : C’est assez rare en animation. Le producteur belge Belvision a pris en charge toute l’adaptation et le casting, avec un grand soin apporté à la langue et aux jeux de mots. C’est quelque chose dont on est très fiers.

C. : On perçoit plusieurs niveaux de lecture, notamment pour les adultes. Était-ce une intention dès le départ ?

A. G. : Oui. Le film fonctionne comme une aventure pour les enfants, mais contient aussi des clins d’œil et des subtilités qui parlent davantage aux adultes. C’est une richesse importante du projet.

C. : Présenter le film à Anima, en Belgique, avait-il une saveur particulière ?

O. A. : Oui, parce que c’est chez nous. On voit souvent nos films à l’étranger, rarement en Belgique. L’accueil du public a été très fort.

A. G. : Anima reste aussi une vraie reconnaissance professionnelle.

C. : Enfin, que représente pour vous le parcours en festivals et en salles d’un film comme celui-ci ?

O. A.: On ne fait pas un film pour les prix, mais voir un film vivre, rencontrer son public, c’est essentiel.

A. G. : Et cela montre qu’il y a de la place pour des histoires diverses et une véritable richesse de talents en Belgique.

https://www.dreamwall.be/fr/realisations/le-tresor-de-barracuda