Si certains restent réservés sur la forme, d’autres saluent un terrain idéologique volontairement instable et ambigu. Gibier suit un groupe de jeunes en habitat collectif qui mène une action violente contre un abattoir dirigé par Olivier Gourmet, patron autoritaire entouré d’employés aux profils d’anciens militaires. Abel Ferry évite pourtant le face-à-face simpliste : les industriels ne sont pas les seuls à déranger, et les activistes, entre radicalité, contradictions et décisions discutables, ne sont pas épargnés. Le film refuse clairement le confort du combat binaire.
La dénonciation de la maltraitance animale est bien présente, mais les méthodes militantes sont aussi interrogées. Faut-il choisir l’humain ou l’animal ? Jusqu’où aller pour défendre une cause ? Personne n’est totalement innocent, et cette zone grise alimente une montée de violence collective qui dépasse largement la question animale. Cette ambiguïté rappelle la tension d’un thriller politique comme Katiba, le roman de Jean-François Ruffin, où l’engagement se heurte à une réalité plus trouble que les slogans.
Côté casting, Olivier Gourmet domine le film en patron corrompu imprévisible, face à Kim Higelin, qui apporte une présence plus fragile, mais déterminée au groupe d’activistes. Autour d’eux, Michaël Erpelding apporte une nervosité brute en commando borderline, tandis que Marie Kremer et Mouloud Ayad complètent un ensemble impliqué. Même si le scénario barré ne vise pas un réalisme absolu, Abel Ferry propose un cinéma d’action frontal et brutal, davantage tourné vers l’impact et les émotions que vers la stricte justesse.
Présenté en première belge au BIFFF et en compétition pour le Black Raven, Gibier aborde des thèmes de société sans choisir clairement son camp, mais privilégie surtout l’efficacité d’un survival nerveux et brutal. Abel Ferry mise sur l’action, la tension et l’impact frontal. Les allergiques au gore sont prévenus : ça pique, et parfois franchement.