Au départ, Sachiyo revient sur son enfance. La guerre traverse le film par les images d’archives. Ce retour sur le passé permet de mettre en avant un concept central du film, celui de la transmission. Elle s’impose de multiples manières : les souvenirs, les gestes, la calligraphie. Une idée qui rejoint celle d’inochi (命), la vie envisagée comme une continuité, un lien entre ce qui nous précède et ce qui vient après nous. La transmission, dans cette approche, c’est donc ce que l’on reçoit, mais également ce que l’on décide d’en faire.
Mais Inochi est aussi très bruxellois. Sachiyo traverse la ville à vélo, la caméra s’arrête sur ses rues, ses bâtiments, le Palais royal ou encore la Tour japonaise du côté de Laeken. Le Japon n’est donc jamais vraiment très loin. Et puis elle quitte progressivement ce décor urbain pour la forêt, les arbres, le calme. Bruxelles devient presque un passage entre deux mondes.
Le film s’inspire des travaux du philosophe japonais Masahiro Morioka autour de l’inochi. Pas simplement la « vie », mais une existence pensée dans sa relation aux autres, aux animaux et à la nature. Chez Sachiyo, cette philosophie devient très concrète. Guitare à la main, elle raconte à deux enfants l’histoire de Lulun et Lucie, ses chats qu’elle a préféré confier à un foyer avec jardin pour les savoir plus heureux. Un geste simple, presque anodin, mais qui dit beaucoup de cette manière de penser : le bonheur des chats avant le sien.
Puis ça part un peu en vrille. Hug à un arbre, grimaces face caméra, collages, photos et tableaux qui s’animent… Une petite folie bienvenue qui casse le côté très contemplatif du film.
Car Karine de Villers prend son temps. Longs plans fixes, vélo dans Bruxelles, forêt, lumière, silences. Inochi peut parfois nous perdre dans son rythme, mais propose exactement l’inverse de ce que la ville et nos vies nous imposent : ralentir, regarder autour de soi et, parfois, simplement ne rien faire, pendant 52 minutes, ce n’est déjà pas si mal.
Après Bruxelles, Inochi sera présenté le 13 octobre à la Casa del Cinema de Venise, en présence de Karine de Villers, Mario Brenta et Sachiyo Honda.
Cinéma Aventure – Bruxelles
https://shop.infinitix.be/CINEMAAVENTURE/F/DE99029C-9EE6-B06D-047F-9817F9A6FD67/
Casa del Cinema – Venise
https://www.comune.venezia.it/node/76338
Masahiro Morioka – The Concept of Inochi: A Philosophical Perspective on the Study of Life
https://www.lifestudies.org/inochi.html
Karine de Villers – Cinergie
https://www.cinergie.be/personne/de-villers-karine
Karine de Villers et Mario Brenta – Cinergie
https://www.cinergie.be/article/entretien-avec-karine-de-villers-et-mario-bren