La réalisatrice choisit d’abord le huis clos. Les plans serrés plongent le spectateur au cœur des ateliers comme un·e participant·e silencieux·se, invité·e à écouter les récits et les confidences. Le documentaire s’ouvre ainsi sur Laurence Vielle s’adressant au groupe à travers un poème d’Henri Michaux, dont la célèbre formule « Je vous écris du bout du monde » donne le ton. Si, chez Michaux, ce « bout du monde » renvoie surtout à un paysage mental, il évoque pour les participant·e·s de toutes origines et nationalités, l’idée d’un chez-soi lointain. Les mots leur permettent alors un voyage imaginaire vers ces lieux qu’ils·elles ont parfois été contraint·e·s de quitter.
Grâce à l’énergie contagieuse et l’empathie sincère de l’animatrice et poétesse, les ateliers se transforment alors en un espace de confiance où chacun·e peut partager librement ce qu’ils·elles ont sur le cœur. Ici, point d’exercices de grammaire ni de règles d’orthographe, la langue est avant tout un outil de partage des émotions, des sensations ou même des aspirations. Très vite, l’objectif premier de l’apprentissage s’efface derrière une expérience plus profonde, où le rêve, le désir et la fiction sont autant de moyens d’émancipation.
Mais le film ne cantonne pas ses protagonistes à l’espace clos des ateliers. À mesure que le documentaire avance, la caméra recule pour nous offrir une ouverture progressive qui élargit le regard. Le documentaire se fait alors le reflet d’un laboratoire d’expérimentation linguistique, à la fois intime et collectif, où les voix et les mots se rencontrent et se répondent pour composer un lieu d’expression profondément vivant. Itinéraires insolites rappelle alors avec justesse que la langue n’est pas seulement un instrument de communication ou d’intégration : elle est un territoire sensible, un lieu de mémoire et de liberté où chacun·e peut écrire son histoire.