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L'Atelier de réalisation. 200 expériences de cinéma, sous la direction de Frédéric Sojcher

Le cinéma raconté de l’intérieur

Derrière les acteurs et les réalisateurs, combien de métiers façonnent les films que nous aimons ? Dans L’Atelier de réalisation, Frédéric Sojcher a rassemblé deux cents expériences de cinéma. Pour un voyage dans les coulisses, et le plaisir de retrouver quelques voix familières.

Choisir un interprète, éclairer une scène, couper un plan, ajouter une musique : on le sait, un film se construit à travers une multitude de décisions. Pour en explorer les ressorts, Frédéric Sojcher a puisé dans vingt ans de rencontres organisées avec les étudiants du master qu’il dirige à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le cinéaste belge, réalisateur de films comme HH, Hitler à Hollywood (avec Maria de Medeiros et Micheline Presle) ou Le Cours de la vie (Agnès Jaoui et Jonathan Zaccaï), poursuit ainsi son travail de transmission. Seize ouvrages collectifs sont déjà issus de ces échanges.

L’Atelier de réalisation. 200 expériences de cinéma reprend une partie de cette matière, enrichie d’environ un tiers d’interventions inédites. Il paraît aux Impressions Nouvelles, dans la collection « Caméras subjectives », dédiée au cinéma. Sa construction suit les étapes de fabrication d’un film, du scénario à la sortie en salle.

Les métiers prennent la parole

Le cinéma belge y occupe une belle place : les frères Dardenne, Lucas Belvaux et Fabrice Du Welz, mais aussi Benoît Poelvoorde, Olivier Gourmet ou la regrettée Émilie Dequenne. Claude Lelouch, Costa-Gavras et Vladimir Cosma participent également à cette traversée des pratiques. Aux réalisateurs et aux interprètes s’ajoutent les scénaristes, techniciens, producteurs et distributeurs.

L’intérêt est de rapprocher des métiers qu’on envisage rarement ensemble lorsqu’on regarde un film. Avec des expériences qui se complètent, des méthodes qui divergent. "Ce n’est pas un livre de conseils, c’est un livre de témoignages", précise Sojcher, interrogé pour Cinergie. Plusieurs manières d’aborder une même question se dessinent, sans qu’une démarche s’impose à tous.

Une conviction traverse néanmoins l’ensemble : la vision du réalisateur prend corps grâce à ses collaborateurs. Sojcher souligne notamment l’humilité des techniciens, capables de mettre leur maîtrise au service de l’univers d’un autre. Cette attention aux métiers moins exposés constitue l’un des apports du livre, même si les costumes et le maquillage restent - de son propre aveu - peu représentés.

Entre découvertes et retrouvailles

La succession des témoignages produit aussi un effet d’accumulation. Les considérations sur la collaboration ou la diversité des manières de faire n’ont forcément pas toutes la même force de découverte. L’intérêt tient davantage à la variété des expériences réunies qu’à la nouveauté des propos. Sojcher revendique ce travail de sélection et de montage : "pour viser avant tout la cohérence et pas l’exhaustivité".

Le plaisir tient aussi aux présences : entendre Alain Cavalier (95 ans à présent), retrouver les paroles de personnalités aussi diverses que Michel Deville, Michel Blanc ou Bertrand Blier. Agnès Varda, Bertrand Tavernier et Jean-Claude Carrière comptent également parmi les disparus dont le livre conserve les réflexions. Leurs propos restent liés à la pratique et aux choix qui ont accompagné leur travail. Sans être conçu comme un hommage, le recueil préserve ainsi une mémoire des façons de faire du cinéma.

Les étudiants y trouveront de quoi élargir leur regard sur les métiers auxquels ils se destinent. Les spectateurs curieux pourront mieux comprendre ce qui se joue derrière les images, sans connaissances techniques préalables. Les lecteurs déjà familiers de ces questions y chercheront davantage une voix retrouvée ou une expérience à confronter à la leur. L’ensemble offre surtout une porte d’entrée à ceux qui aiment les films et souhaitent découvrir comment ils prennent forme.